Par Thomas Wieder
Comme d'autres, elle trouve le temps long. Comme d'autres, elle vit mal d'être tenue à l'écart. Comme
d'autres, elle est convaincue d'être indispensable. Et pourtant une chose la rend unique : tout cela, elle l'assume. Haut et fort. Sans le moindre complexe. Contactée par Le Monde, Ségolène Royal
aurait pu nier, esquiver, jouer les blasées. Elle aurait pu se contenter d'un "on verra" ou d'un "chaque chose en son temps". On ne l'aurait pas forcément crue, la discussion se serait arrêtée
là, et l'on se serait alors tourné vers ses proches. Ses principaux appuis au gouvernement - la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, la ministre déléguée à la famille, Dominique
Bertinotti, ou encore Garot, ministre délégué chargé de l'agroalimentaire - qui, ces dernières semaines, se sont relayés pour rappeler Ségolène Royal au bon souvenir des socialistes, auraient dit
ce que l'orgueil, chez elle, aurait pu vouloir taire. Mais cela ne fut pas nécessaire. Elle le dit elle-même : "La logique politique voudrait que je sois dans le dispositif." A
ses yeux, "il est normal que ceux qui ont contribué à la victoire apportent leur capacité d'action à l'équipe au pouvoir". C'est "une évidence". Et même "une
règle de base du code politique".
Battue à la primaire socialiste de 2011, écartée des responsabilités nationales en 2012, Ségolène Royal admet que
sa "marginalisation" est "frustrante". Ses voeux pour 2013 ? Peser davantage dans ce qu'elle appelle "le dispositif". Elle n'est pas prête pour autant à tout
accepter. Elle a refusé la présidence de l'Institut du monde arabe, que François Hollande lui a proposée. "Je ne veux pas qu'on interprète mon geste comme
méprisant, dit-elle. Mais je n'ai pas besoin d'un point de chute ou d'un hochet. Mon objectif, c'est d'être utile là où j'ai des compétences, pas d'avoir un poste prestigieux
en soi." Alors quoi ? Le rêve de présider l'Assemblée nationale s'est évanoui au soir du 17 juin 2012, quand Olivier Falorni, l'ancien socialiste entré en dissidence, l'a sévèrement
battue aux législatives à La Rochelle. Cette défaite, la présidente de Poitou-Charentes continue d'en parler avec la colère froide qui est la marque des grandes blessures. Elle y voit une
injustice flagrante. Car dans ce combat, répète-t-elle aujourd'hui encore, elle avait pour elle l'"éthique" et la "franchise". L'"éthique", ce fut de ne pas entrer au
gouvernement après la victoire de François Hollande, "alors que la question s'était posée", afin de ne pas avoir à le quitter un mois plus tard pour rejoindre le Palais-Bourbon. La
"franchise", ce fut de "dire tout haut" qu'elle briguait le perchoir."Quand Raffarin a dit qu'il voulait présider le Sénat, personne n'y a rien trouvé à redire. Quand j'ai
dit que je voulais présider l'Assemblée, on me l'a reproché. C'est dur d'être une femme en politique, vous savez..."
Fière d'être "une forte personnalité", l'ex-candidate de 2007 en est convaincue :"Dans ce pays
qui manque d'enthousiasme, c'est le moment de rassembler les expériences et les énergies." Peu importe dès lors qu'un récent sondage Harris Interactive paru dans l'hebdomadaire Grazia
indique que seuls 30 % des Français sont favorables à son entrée au gouvernement. "Je n'accorde aucune importance à ce genre d'enquête. Vous poseriez la question pour n'importe quelle
Mme Machin qui est déjà au gouvernement, vous auriez le même genre de réponse", veut croire Ségolène Royal. Tout en mettant la dernière main à un livre qui doit paraître en mars
("Une réflexion sur le courage en politique, mais dans une perspective universelle, pas sous forme d'introspection"), et tout en s'apprêtant à siéger au conseil
d'administration de la nouvelle Banque publique d'investissement, la voilà qui attend son heure. "Je ne demande pas une crise gouvernementale je n'exige pas qu'on se pousse afin de me
faire une place. Je ne fais pression sur personne", jure-t-elle.
Thomas Wieder
Source:http://desirsdavenir86.over-blog.com/article-2013-annee-royal-114281629.html