Elysée : le déconomètre ne faiblit pas
Au fil des heures qui donnaient pourtant à voir et à entendre une démonstration d’opposition populaire au moins aussi forte que la précédente, les ministres et dirigeants de l’UMP n’en moulinaient pas moins sur tous les plateaux télé et radio ce déni d’évidence ainsi formulé par le pape du mentir vrai, Eric Woerth : « il y a une décélération incontestable… ». Le secrétaire d’État à la Fonction publique, Georges Tron apportait à l’œuvre collective du trompe l’œil sa touche personnelle en précisant : « la décélération est sensible et même… manifeste». Le porte-parole du gouvernement et ministre de l’Éducation( !) Saint Luc bouche d’Or Châtel décélérait à fond les manettes, en comparant des chiffres qu’il prétendait « incontestables ». Nous étions prévenus, semoncés toute contestation de la parole officielle ne pouvait procéder que d’une mauvaise foi insigne et partisane…
Sauf qu’en privé les dirigeants de l’UMP eux-mêmes ne chantent pas la même chanson. Ils reconnaissent, sous le sceau du off, que « c’était énorme », qu’ils ne « s’attendaient pas à une telle démonstration de force 15 jours après la précédente » et qu’ils avaient espéré dans une « usure qui tarde elle à se manifester ! ». Une grève légèrement moins suivie? « Au mois de septembre, avec la rentrée scolaire et les impôts, qu’il y ait eu autant de grévistes voilà qui démontre une résolution forte ». Pire encore, pour ces sarkozystes : non seulement les foules de manifestants sont toujours aussi déterminées, mais l’opinion elle-même ne fléchit guère. Elle soutient très majoritairement le mouvement contre une réforme toujours ressentie comme fondamentalement injuste. Et alors que tous les commentateurs autorisés expliquent qu’il faut « y passer », que ces changements sont « nécessaires », « inéluctables », « incontournables », voir autant de monde braver la doxa médiatique dominante, voilà qui laisse pour le moins perplexes nos excellences.