Je voudrais qu’on m’explique : dans les 20 régions détenues par l’opposition en métropole (20 régions sur 22), les candidats UMP ont expliqué que la montée de l’insécurité y était spectaculaire et que les présidents sortants en étaient responsables (mais ils étaient également responsables des déficits, du chômage et de la détérioration des services publics). Mais si l’insécurité s’aggrave dans 20 régions sur 22, comment peut-on affirmer ensuite que, grâce au président, elle recule, l’insécurité, dans l’ensemble du pays ? Mystère !
Ainsi, une grave détérioration des parties se solde par une spectaculaire amélioration du tout. Comprenne qui pourra. Ainsi, tout va mal dans chaque région de France, mais tout va bien dans la France des régions. Ainsi, tout se dégrade en particulier, en fonction de quoi tout s’améliore en général.
Qu’on m’explique disais-je : il paraît que l’opposition systématique ça n’est vraiment pas bien. Et c’est vrai que ce n’est pas bien. Ce n’est pas bien quand le pouvoir central en est victime. Mais alors, pourquoi cela devient-il bien quand les pouvoirs régionaux en sont la cible ? Pourquoi nier les effets de la crise est-il malhonnête dans un cas, et recommander dans l’autre cas ?
Pourquoi rendre Sarkozy principal responsable de la montée du chômage et de la flambée des déficits est-il une marque de manichéisme sectaire, alors qu’il s’agit d’une très légitime et très recommandable tactique quand on en accuse les présidences de région qui n’ont pourtant pas à leur disposition 80 % des moyens de la présidence suprême ?
Il m’est arrivé de soutenir des initiatives d’un pouvoir auquel j’étais censé être opposé. Comment se fait-il qu’il ne se soit jamais trouvé un seul contre-pouvoir UMP pour reconnaître une seule bonne initiative d’un pouvoir socialiste régional ? Encore une fois, expliquez-moi : comment si ça va mal partout, peut-on en conclure que l’addition de ces bilans totalement négatifs produit un bilan éminemment positif ?
Oui, bien sûr, la gauche socialiste ne rechigne pas à stigmatiser, quand elle est dans l’opposition, des mesures qui ressemblent étrangement à celles qu’elle a prises, ou qu’elle prend, quand elle est au pouvoir. Mais, n’a-t-on pas entendu des candidats UMP regretter ici l’absence d’endettement en Haute Normandie ou là l’insuffisance des augmentations d’impôts en Poitou-Charentes ?
Soyons clairs : si réellement la gestion des présidents socialistes de région est totalement déplorable et celle du président de la France tout à fait remarquable, les Français, qui ne sont pas des imbéciles et, surtout, sont bien placés pour en juger localement, et sur pièces, en tireront les conclusions… en votant massivement contre les présidents de région et en faveur des amis du président. S’ils ne le font, si ils font l’inverse, il faudra bien en tirer les conséquences !
L’anti-sarkozysme primaire est sans doute primitif. Mais aussi le fait d’en venir à dire n’importe quoi au nom d’un sarkozysme primaire.
Demain, après les élections, les électeurs vont découvrir la réalité, de la situation économique et sociale et, en même temps, les dures mesures qui seront prises pour réparer les dégâts. Que se passera-t-il, alors, si les présidents de région se montrent aussi agressifs vis-à-vis de l’Etat central que les représentants de cet Etat central l’ont été envers eux ?
Source: www.jeanfrancoiskahn.com/