Par Saint-Simon
Deux tempéraments, deux visions du monde et deux conceptions de la politique. Tout oppose François Hollande et Nicolas Sarkozy et un vrai choix est ainsi offert aux électeurs.
L’intempérance d’un côté, la difficulté à maîtriser ses émotions et ses pulsions, l’impudeur à fleur de peau, un côté sale gosse bagarreur, chicaneur, roublard et truqueur, attiré par ce qui brille, colérique et tyrannique à l’égard de son entourage. Tel est Nicolas Sarkozy qui se donne à voir tel qui l’est, sans fard, un surmoi réduit à pas grand-chose qui l’empêche de dissimuler sa nature profonde et le pousse à la transgression, avec une façon d’être qui ne colle pas aux nécessités de la fonction. Lui-même admet avoir eu un problème de « solennité » au début de son mandat. Doux euphémisme et mémoire Alzheimer puisqu’il a des souvenirs lointains mais pas de la plus proche période au cours de laquelle son attitude a été d’une « solennité » toute relative.
Le tempérament de François Hollande se situe quelque part aux antipodes de celui de son challenger. Le candidat socialiste est un cérébral, sensible mais pas émotif, pudique sans être dissimulateur, extrêmement maîtrisé, tout aussi pugnace et opiniâtre, simple dans son mode de vie et dans son rapport aux autres, chaleureux, sympathique mais pouvant parfois être tranchant. En un mot, normal.
Leur vision du monde également diffère. Nicolas Sarkozy croit dur comme fer au dogme de la capacité de chaque individu à s’en sortir s’il le veut vraiment, le monde se divisant donc entre ceux qui travaillent vraiment pour s’en donner les moyens et les assistés qui ne le veulent pas. François Hollande rejette la naïveté passée de la gauche sur l’assistanat mais demeure convaincu que des inégalités de milieux sociaux existent et nécessite d’être corrigées grâce à une politique redistributive par l’Etat, une fois les richesses créées.
Enfin, leur conception de la politique les oppose. Pour Nicolas Sarkozy, tous les moyens sont bons pour gagner. Le cynisme est un outil quotidien, la mauvaise foi est poussée à son extrême-limite, la brutalité vue comme un moyen naturel de destabiliser l’adversaire. Le clivage est au carrefour de son tempérament personnel et de ce qu’il considère être ses intérêts politiques. Pour souder autour de lui, il crée des ennemis, il dresse des camps contre d’autres camps. Aujourd’hui les « vrais travailleurs » contre les syndicats et les assistés, hier les actifs contre les retraités. A défaut de pouvoir être aimé, il suscite des affrontements. Ainsi, ceux qui ne sont pas contre lui sont avec lui.
François Hollande n’est évidemment pas un naïf et s’est plié aux règles du darwinisme politique. Pour être celui qui est en situation de faire gagner la gauche à une élection présidentielle, il a évidemment dû manœuvrer, écarter la concurrence, s’imposer, pratiquer la dialectique. Mais il n’a jamais franchi la ligne rouge de sa morale politique : le mensonge, le reniement des valeurs auxquelles il croit, et la violence verbale.
Dans sa campagne comme dans sa vie politique passée, François Hollande montre qu’il est meilleur pour le pays et plus efficace pour lui de rassembler que d’opposer, de respecter que de provoquer, d’être cohérent et constant dans ses prises de position politiques que de que tournoyer pour chercher le vent, de pratiquer la vérité plutôt que le mensonge qui crée la désillusion, de faire appel à la raison et à la part lumineuse des individus que d’activer leurs sombres penchants.
Le 6 mai, le choix sera donc clair entre François Hollande, le candidat du rassemblement des Français et de la Nation, et Nicolas Sarkozy, le candidat de l’affrontement. Contrairement à 2007, les électeurs sont instruits par cinq années de présidence Sarkozy…
