La Banque publique d’investissement coule avant même sa mise à l'eau
La Banque publique d’investissement (BPI) devait être l’un des grands projets du quinquennat de François Hollande. C’est le candidat socialiste avant l’élection présidentielle qui l’avait lui-même annoncé : pour pallier les dérives de la finance et des grandes banques privées, qui se sont détournées de longue date de leur mission originelle, le financement de l’économie, et se sont laissées aller à des activités le plus souvent purement spéculatives, ce devait être un instrument majeur pour faire redémarrer l’économie, et notamment aider les PME. En bref, ce devait être un levier majeur d’une nouvelle politique économique, beaucoup plus volontariste.
Las ! Le projet est en train de capoter avant même d’avoir vu le jour. Au terme de dérisoires petites intrigues dans les allées du nouveau pouvoir socialiste, le conservatisme est en train de l’emporter. Sous la pression combinée des hauts fonctionnaires du Trésor, qui jouent traditionnellement le jeu des grandes banques privées, elles-mêmes hostiles à ce projet ; sous la pression aussi du ministre des finances, Pierre Moscovici, la future BPI, dont l’acte de naissance officiel doit être prononcé dans les prochaines semaines, ne devrait être qu’un établissement de taille modeste, sans moyens financiers véritablement nouveaux. Sous-dimensionné par rapport à la crise que la France traverse, l’établissement financier sera donc proprement incapable de conduire la politique énergique qui avait été promise, notamment pour contenir l’hémorragie industrielle que le pays est en train de connaître. Et par voie de conséquence, le choix conservateur que l’Élysée et Matignon ont fait devrait avoir pour prolongement la nomination d’un directeur général pour la BPI, lui-même très révélateur de ce manque d’ambition. En l’occurrence, selon nos informations, le futur patron de la BPI devrait être un pur produit du Trésor.
Dès le début, certes, l’affaire était mal engagée. Lorsque l’on a appris que le ministre des finances, Pierre Moscovici, avait confié à Matthieu Pigasse, de la banque Lazard, sans même qu’un appel d’offres en bonne et due forme ait été lancé, une mission de conseil pour le lancement de la banque (lire Ce que l’affaire Pigasse révèle sur le capitalisme parisien et Les enjeux cachés du duel Moscovici-Montebourg), on pouvait craindre pour la suite. Pour deux raisons. D’abord à cause des multiples conflits d’intérêts dans lesquels se trouve le banquier d’affaires : propriétaire des Inrocks, magazine à la direction duquel il a porté Audrey Pulvar, la compagne d’Arnaud Montebourg (se reporter à ce sujet à notre onglet “Prolonger”) ; co-propriétaire du Monde, qui figure parmi les plus gros bénéficiaires des aides publiques à la presse distribuées par l’État ; candidat au rachat du quotidien Libération (lire Le banquier Pigasse convoite Libération) ; conseil de nombreux groupes privés, il ne peut pas, de surcroît, travailler pour l’État sans s’exposer à une critique en mélange des genres du même type que celle ayant longtemps été formulée à bon droit par la gauche à l’encontre de Martin Bouygues ou de Serge Dassault. En clair, dès le début, le projet de la BPI s’est embourbé dans un détestable mélange des genres, entre intérêt général et appétits privés.
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