Par Jean Marthais
Ségolène Royal revient dans le jeu politique et c'est une bonne nouvelle pour François Hollande et son gouvernement. Deux invitations récentes à l'Élysée, dont un tête-à-tête avec le président de la République, des interviews accordées au "Monde" puis au "Point", une allocution au congrès du Parti socialiste à Toulouse : le retour en grâce politique de la "Madone du Poitou" se précise.
La situation de Valérie Trierweiler enfin clarifiée
Évidemment, tout ceci est orchestré à travers un savant plan de communication. Et celui-ci marche sur deux jambes. La seconde est l'acte de contrition opéré depuis quelques semaines par Valérie Trierweiler qui semble s'être résignée au fait que le rôle de "première dame" s'accompagne d'obligations auxquelles elle peut difficilement se soustraire, au risque de provoquer courroux et incompréhension dans l'opinion publique.
D'autant plus qu'elle a elle-même contribué, à travers l'épisode du tweet de soutien à Olivier Falorni ou lors de la guérilla non-urbaine avec Ségolène Royal en marge du congrès de Rennes en avril 2012, à brouiller la frontière entre vie politique et vie privée, bureau et chambre à coucher, soutien sans faille et influence néfaste.
Elle paie donc quelque part la rançon de sa foire et on ne pourra que saluer sa décision de devenirambassadrice de la fondation Danielle Mitterrand-France Libertés, faisant de l'humanitaire son nouveau cheval de bataille. Car ce faisant, elle éteint toute polémique sur l’ambiguïté de son statut en devenant davantage "première dame-compatible". Mais c'est aussi la preuve qu'en France, il n'est pas permis à un président de la République d'être normal et à sa femme (ou compagne) de ne pas posséder son "brevet de caritatif".
L'urgence de contrer les attaques au canon de la droite
Valérie Trierweiler rentrée dans le rang, François Hollande rouvre un espace politique à Ségolène Royal. C'est d'ailleurs ce que déclare cette dernière au "Point" lorsqu'elle évoque la possibilité de "rentrer à un moment donné dans le dispositif", par le "constat tacite" qu'elle pourrait être utile à ce gouvernement, rajoutant qu'elle accepterait bien "une mission à l'étranger".
Mais une autre mission serait plus utile au président tout en correspondant à la personnalité iconoclaste, au parcours politique et à la popularité de Ségolène Royal. Une mission où il lui faudrait être à la fois sniper et vigie, promotrice de l'action engagée et prescriptrice d'opinion.
Une sorte de contre-cellule Riposte où la pédagogie l'emporterait sur l'attaque aveugle, un "light-cabinet" chargé d'exhumer le bilan de l'ancien gouvernement lorsque celui-ci ne cherche qu'à l'enterrer, et qui montrerait comment les cancres d'hier cherchent à devenir les donneurs de leçons d'aujourd'hui.
Car la droite cherche à provoquer une crise politique. Ses attaques répétées sur l'amateurisme ou l'irresponsabilité supposées du pouvoir en sont une manifestation patente. Les mots ont un sens : intenter à ses adversaires un procès en incompétence au lieu de parler de projet ou de doctrine sert non seulement à camoufler son propre bilan mais aussi à convaincre les citoyens qu'en faisant le choix de l'alternance en mai, ils se sont eux-mêmes inoculés un poison qui conduira à une descente aux enfers économique.
En menant cette guerre-éclair sur le registre de la peur de l'affaissement du pays (terme exact utilisé par Jean-François Copé jeudi dans l'émission "Des paroles des actes"), le message de la droite est le suivant : nous ou le chaos. Ce registre n'est pas nouveau. Simplement, il est généralement utilisé sur les thématiques sécuritaires ou migratoires.
Par ailleurs, comme le Parti socialiste, totalement léthargique et inaudible sur ce sujet jusqu'à présent, n'a pas été capable de porter le fer sur ce théâtre d'opérations, la droite a continué et continue toujours tranquillement d'instiller son venin dans les esprits.
Il semblerait néanmoins que le congrès de Toulouse marque le point de départ d'une contre-attaque sérieuse puisque Harlem Désir a sonné la charge contre "la droite qui veut le sarkozysme en pire". Enfin, serait-on tenté de dire !
Le poids politique de Ségolène Royal comme contre-poids aux critiques
C'est dans ce contexte que Ségolène Royal devient pertinente. À plusieurs égards :
1. Sa popularité auprès des Français, héritée de la campagne présidentielle de 2007, n'est plus à démontrer. Sa voix portera forcément. Et bien davantage que n'importe quelle figure de la majorité, même si elle a subi un revers cuisant aux législatives. D'autant plus qu'on l'a vue craquer face caméra, c'est le genre de séquence qui contribue à rendre le politique plus humain.
2. Son score lors de cette campagne (53%-47%), dans un contexte où elle n'avait pas l'appareil derrière elle et où le Parti socialiste tirait à hue et à dia, est une performance. Même Sarkozy avait reconnu la valeur de son adversaire. De ce point vue, elle a gagné sa légitimité.
3. Même si elle a un côté déroutant et inclassable, elle est clairement marquée à la gauche de la gauche. Son intervention lors du congrès de Toulouse où elle a demandé à François Hollande d'accélérer le rythme pour réguler la finance, en atteste. Et elle entretient de bonnes relations avec Jean-Luc Mélenchon, ce qui pousserait en outre celui-ci à modérer ses critiques à l'endroit du gouvernement.
4. Son côté individualiste et son franc-parler sont des atouts. Ce rôle nécessite quelqu'un qui ait toute liberté de ton et de conscience, à mille lieux d'un rôle de porte-parole classique dont on sait qu'il ne fait que répéter des éléments de langage. Souvenons-nous du tollé qu'elle avait provoqué à droite durant la campagne 2012 lorsqu'elle déclara que Nicolas Sarkozy voulait être réélu pour l'immunité présidentielle.
5. Enfin, son histoire avec François Hollande est un gage supplémentaire de médiatisation : la femme bafouée qui n'hésite pas à voler au secours politique de celui qui l'a répudiée, c'est le 20 heures assuré à chaque volée de bois vert qu'elle mettra à l'opposition.
Pour la gauche, il y a urgence à créer un front anti-opposition et à dresser des digues contre la droite décomplexée qui est en train de gagner son combat sur le terrain des valeurs alors que, paradoxalement, elle ne possède plus aucun pouvoir national. Certains responsables viennent ainsi spontanément à l'esprit : Martine Aubry sur les thématiques économiques, Élisabeth Guigou pour la justice, Martin Hirsch – égaré un moment en Sarkozye mais désintoxiqué depuis – sur le social, Bertrand Delanoë etc...
Mais la voix la plus emblématique est sans conteste celle de Ségolène Royal. Il serait dommage que le gouvernement s'en prive.