05/12/2010 à 15h47 - mis à jour le 05/12/2010 à 18h28
On attendait une clarification. C'est raté. L'interview de Martine Aubry dans Le
Journal du Dimanche crée plus de confusion encore.
Attendez-vous à savoir !
En annonçant qu'elle va annoncer sa décision personnelle en juin 2011, la première secrétaire du Parti socialiste tente une fois
encore de gagner du temps.
A quoi bon installer un tel suspens, si ce n'est pour maquiller une double vérite : Aubry est otage du calendrier de Dominique
Strauss-Khan, et cette réalité l'arrange bien, tant elle rechigne, par convenance personnelle, par goût immodéré de la prudence, à se lancer vraiment dans la bataille.
Refuser de bouger le calendrier, c'est lui permettre de manœuvrer sans se dévoiler en attendant de voir, de s'offrir à bon compte une tournée électorale pour
les cantonales et de préserver DSK jusqu'au bout... Une tactique qui a peu à voir avec le sens des responsabilités. Encore moins du pôle de stabilité qu'elle prétend incarner.
Etre stable ne signifie pas s'enliser, attendre que ça décante.
Imaginons un peu ce que vont être les mois à venir. La chronique inlassable d'une presse qui lira, et c'est normal, tout à l'aune de cette date butoir de juin
.
Aubry, ou l'art de se passer soi-même les menottes
Elle a tort, car le calendrier fait partie de la réussite ou non de la présidentielle. En 2006 déjà, le PS a raté son rendez-vous avec le temps : désignation
de Royal trop tardive, manque d'anticipation de la campagne présidentielle. Après l'heure, c'est plus l'heure.
Le capitaine... du vaisseau fantôme ?
Autre argument développé par la Première secrétaire : elle serait le capitaine qui ne se laisse pas perturber par le clapotis
des vagues.
On voit bien tout l'intêret de la chose. "Moi, je suis trés sérieuse, les autres sont pas sérieux... Moi, je suis trés solide, les autres sont des clapotis de
vagues".
Au-delà de l'arrogance qui se dessine en filigrane pour Arnaud Montebourg, Manuel Valls, François Hollande et Ségolène Royal, on peut s'interroger sur celui ou
celle qui a concocté une phrase aussi idiote, pouvant rejoindre la longue série des ratages en éléments de langage type : "Je m'ébroue dans le champ de la démocratie" (Jospin) ; "La route est
droite mais la pente est rude" (Raffarin) ; "Je ne fais pas de promesses mais je les tiens" (Balladur) .
Car on rappellera aux plumitifs, qui écrivent les discours et les interviews, qu'il existe une règle d'or : quand on est
solide, on ne le dit surtout pas. Se qualifier soi-même de capitaine, c'est évidemment faire la démonstration du contraire. L'évidence ne se dit pas. Elle est ou elle
n'est pas.
Alors Aubry, capitaine du vaisseau (fantôme) socialiste : 100.000 adhérents au maximum, un projet filandreux, un calendrier remis aux calendes grecques, pas de
candidat incontournable et la brume la brume la brume...
Un discours de marin d'eau douce, là où il faudrait déjà passer à l'abordage du cuirassé
Sarkozy.
La prime à Royal ?
A force de faire des ronds dans l'eau, Martine Aubry pourrait finalement rendre service à sa concurrente qui, elle, est déjà en campagne.
La première secrétaire espère en effet que l'ex-candidate va s'essouffler, persuadée qu'au bout du compte, c'est elle et elle seule, qui tirera les marrons du feu,
de part sa position insitutionnelle à la tête du parti.
Un calcul fait en son temps par François Hollande. On vit ce qu'il advint. Aujourd'hui, Martine Aubry
a peut-être commis une double faute :
elle n'a pas rassuré ses alliés sur son désir de présidentielle en n'envoyant aucun signe clair à ses troupes, et elle continue de sous-estimer Ségolène Royal,
en ramenant sa candidature à de l'impatience et au clapotis des vagues.
Gare à la lame de fond.