Pour Najat Vallaud-Belkacem, cela ne fait aucun doute : Ségolène Royal, dont elle est la porte-parole, sera LA candidate du Parti socialiste en 2012.
Mercredi a lieu le second débat organisé entre les six candidats à l'investiture socialiste. Celui de la dernière chance pour Ségolène Royal ? Dans son entourage proche, on joue la carte de l'optimisme.
Ainsi, Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole de la candidate et fidèle entre les fidèles, assure que Royal jouera bien son match retour contre Nicolas Sarkozy en 2012. Peu importe les sondages et autres commentaires politiques. Seule compte la « réalité du terrain ». Pour elle, la victoire de la gauche au Sénat, dimanche, a bien prouvé que tout était possible en politique.
FranceSoir.fr. Que représente pour vous le basculement du Sénat à gauche ?
Najat
Vallaud-Belkacem. Exceptionnel ! Pas inattendu mais inédit. Cette victoire de la gauche au Sénat préfigure de grands
changements pour 2012.
FS.fr Est-ce que cette victoire tient du symbole ?
N.
V.-B. Oui. Les élections sénatoriales sont très difficiles pour le Parti socialiste. On a une sur-représentation des petites communes rurales où la gauche fait,
traditionnellement, de moins bons scores que la droite. Les résultats de dimanche traduisent donc un profond rejet de la politique sarkozyste, chez les
élus, quelque soit leur bord, en particulier chez les centristes.
FS.fr La gauche vient de remporter une élection difficile... Cela vous donne des idées pour les primaires ?
N. V.-B. C'est l'une des leçons de ces sénatoriales : la capacité des électeurs à se dégager
des pronostics et des carcans. Ça a quelque chose de rassurant, ça prouve que les électeurs sont libres. C'est le message qu’on martèle avecSégolène Royal : il faut qu'on laisse les électeurs voter
: on ne vit pas en sondocratie mais en démocratie.
FS.fr Une poussée de la gauche aux sénatoriales était tout de même attendue. Pour les primaires, en revanche, la grande majorité des sondages donnent
Mme Royal largement perdante...
N. V.-B. On ne peut raisonnablement
accorder aucun crédit à ces sondages, surtout lorsque l'on sait dans quelles conditions ils sont réalisés. Le nombre dérisoire de
sondés. Les corrections dont ils font l’objet…. Logiquement poureffectuer ces corrections – qui sont très importantes – les instituts se basent
surl’expérience acquise des élections précédentes. Or, il s'agit pour les primaires d'une élection inédite, sur quoi se basent-ils ?
Personne ne sait qui va aller voter, comment voulez-vous qu’on sache pour qui ils vont voter ?
FS.fr Il y a un paradoxe, cependant. D'un côté, vous affirmez ne pas accorder de crédit aux sondages. De l'autre, Ségolène Royal a
envoyé la semaine dernière un mail aux militants ; elle y fait référence à plusieurs enquêtes réalisées sur Internet et qui lui confèrent entre 31 et 36% des intentions de vote aux
primaires.
N. V.-B. Mais pourquoi les sondages défavorables à Ségolène Royal bénéficient
d'une si grande publicité et les autres, ceux qui lui sont favorables, sont oubliés ? Avec ce mail, elle a voulu rétablir un certain
équilibre. On sait très bien que les enquêtes d'opinion ont une grande influence, en particulier sur les électeurs indécis qui pourraient préférer voter utile. Mais vous avez raison :
il ne faut accorder de crédit à aucun de ces sondages.
FS.fr Les deux derniers débats peuvent être déterminants. Est-ce que Ségolène Royal les abordera différemment que le premier ? On l'a senti effacée à
l'occasion du premier, en retrait presque...
N. V.-B. C'est une analyse de journaliste mais ce n'est pas la vision qu'ont les gens. Les commentateurs
politiques espéraient un clash. Le grand public, lui, attendait des propositions. Et il les a eues. Lors du premier débat, Ségolène Royal a montré qu'elle avait les
épaules, une solidité, une sérénité, une stature, pour porter un projet présidentiel. Par exemple, tout le monde s'est amusé des
«piques » échangées entre François Hollande et Martine Aubry à propos du nucléaire . Mais, Ségolène Royal a été la seule à prendre de la hauteur sur le sujet, à
parler de façon claire et compréhensible par tous des enjeux d'une sortie du nucléaire. C'était un débat gagnant pour elle.
FS.fr Mais cela ne s'est pas traduit dans les sondages...
N. V.-B. Vous savez à quoi me font penser tous ces sondages
? A ceux du référendum sur la constitution européenne en 2005. Le système a choisi son candidat et s’obstine à
ignorer ce qui se passe sur le terrain.
FS.fr Quelle est cette réalité du terrain ?
N. V.-B. Ségolène Royal ne se contente pas de grand discours. Elle
s'intéresse vraiment aux gens. Quand elle propose de bloquer les prix de 50 produits de première nécessité ou encore de mettre fin aux tarifications bancaires abusives,
elle sait de quoi est fait le quotidien de la plupart des français, systématiquement à découvert avant même que le mois ne se termine…. Le grand public le sent. On fait énormément
campagne dans les quartiers populaires, par exemple. Vous seriez surpris de voir combien , dans ces quartiers, Ségolène Royal apparaît
comme la candidate légitime du PS. Ils veulent qu'elle affronte à nouveau Sarkozy. Ils lui disent : « Il nous a bien eus la dernière
fois, cette fois, battez-le ».
FS.fr A-t-elle changé depuis 2007 ?
N. V.-B. Oui. Elle a énormément travaillé
et a subi beaucoup d'épreuves. Elle fait preuve d'une immense force physique, morale, surhumaine. Je ne connais aucun autre politique qui parvienne, comme elle, à se relever sans cesse, à se
réinventer. Elle a gagné une véritable stature de femme d'État désormais. Autour d'elle, on ne l'appelle plus « Ségolène », comme en 2007, mais
« Royal ».
FS.fr Pourquoi croyez-vous autant en elle ?
N. V.-B. Je regarde ce qu'elle
dit, je regarde ce qu'elle fait. Je n'ai jamais été déçue. Elle est beaucoup plus radicale que les autres candidats. Par exemple, quand elle propose de taxer les revenus du capital au même
niveau que ceux du travail, elle le fera vraiment.
Aujourd'hui, nous sommes confrontés à un choix : ou nous accompagnons le système en tentant de l’améliorer à la marge ou nous le transformons. Ségolène est dans la transformation suivant des règles claires comme la morale publique, la justice sociale. Surtout, elle s'applique en privé les préceptes qu'elle défend en public. Ce n'est pas donné à tout le monde, y compris à gauche.
FS.fr En quoi est-elle la meilleure pour battre Sarkozy en 2012 ?
N. V.-B. Elle le
connaît bien, puisqu'elle a déjà eu à l'affronter. Elle est la mieux placée pour le confronter à ses contradictions, pour lui opposer ses promesses non-tenues. Vous savez, je crois beaucoup
au match retour. C’est une légitimité de plus.
FS.fr Si elle n'est pas désignée par les socialistes, jouera-t-elle malgré tout un rôle dans la campagne présidentielle ?
N.
V.-B. Bien évidemment. Ségolène -comme moi, comme nous tous,- ira jusqu'au bout car il y a une nécessité absolue de refermer
la parenthèse Sarkozy. On a vu ce qui s'est passé en 2007. La campagne a été très dure et 2012 devrait être pire. On sait ce que Sarkozy vaut en campagne ; lui et ceux qui l’entourent useront
de tous les moyens, avouables ou non, pour ne pas renoncer au pouvoir.
FS.fr Qu'entendez-vous par « moyens non-avouables » ?
N.
V.-B. On sait qu'il y a eu des irrégularités dans les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy en 2007, comme l'a démontré l'affaire Woerth-Bettencourt. (Selon l'ancienne juge
d'instruction Isabelle Prévost-Desprez , citée dans le livre Sarko m'a tuer, l'infirmière de Liliane Bettencourt aurait assisté à des remises d'espèces à Nicolas
Sarkozy, alors secrétaire général de l'UMP. L'Élysée a démenti ces informations, NDLR). La campagne de 2007 n'a pas été équitable et pour cause : nous, nous étions dans la
légalité.
Source : France Soir