Retraites: la guerre des âges fourvoie le Parti socialiste
Décidément, les contradictions qui secouent le Parti Socialiste sur le dossier des retraites, ont de quoi déboussoler les têtes les plus militantes. Après le spectaculaire rétro pédalage de Martine Aubry sur le recul de l’âge légal du départ à la retraite au delà de 60 ans- mesure à laquelle la première secrétaire avait d’abord paru favorable-, c’est au tour de Benoît Hamon le porte-parole de la rue de Solférino et d’Olivier Ferrand, le président de la fondation Terra Nova de s’empoigner sur le niveau de vie supposé des retraités tricolores en produisant des statistiques en apparence contradictoires.
Ainsi version Hamon, nos anciens sont à la peine puisque la moitié d’entre eux, après avoir liquidé ses droits au terme d’une vie de travail part…perçoit moins de 800 euros par mois. Au contraire pour Oliver Ferrand : les retraités abusent de la solidarité intergénérationnelle car leur pension moyenne dépasse…1288 euros ( 90% du salaire moyen). Equation qui incite derechef ce Strauss-Kahnien inspecteur des finances à demander leur plus lourde taxation en considérant que leur niveau de vie excède de 40% celui des moins de 55 ans...
Qui a tort qui à raison ? Extrapolés périlleusement à partir des données hétéroclites de l’OCDE, les chiffres d’Hamon, comme l’a souligné le quotidien Libération, ne tiennent guère la route. Sauf si au lieu de se focaliser sur la moitié des retraités, on opère un effet de loupe sur la retraite…de leur meilleure (?) moitié. En effet, en forte dégradation depuis 2003, seules les pensions directes des femmes restent inférieures en moyenne à 747 euro, hors dispositifs familiaux. Un effet calamiteux de l’allongement des durées de cotisations, de l’explosion des temps partiels et des discriminations subies les actives tricolores. Plus rigoureuses, les données d’Oliver Ferrand méritent pourtant quelques commentaires. Selon les calculs du gouvernement, la pension moyenne des retraités en 2010 se monte avant impôt à 1400 euros, 1700 euros pour ceux qui ont eu la possibilité de valider une carrière complète. Mais leurs avantages fiscaux, notamment la déduction de 10% pour frais d’emplois, sont plafonnés comme ceux des actifs. Ce qu’oublie de rappeler le président de Terra Nova dans son interview à l’Express. Bref, au PS, on serait sans doute mieux inspiré en proposant à tous les Français, de nouveaux impôts réellement progressifs plutôt que de s’enferrer dans une guerre des âges plus que minée par les inégalités de genre…
