Depuis quelques jours, le gouvernement accusait le PS d'"instrumentaliser" les lycéens en les poussant à se mobiliser. Ségolène Royal avait répliqué mardi soir en appelant les jeunes à "descendre dans la rue mais de façon très pacifique".
Nicolas Sarkozy a dénoncé à son tour, mercredi 13 octobre, l'appel à manifester contre la réforme des retraites lancé par Ségolène Royal en direction des jeunes, le jugeant pas "sérieux" de la part d'une ex-candidate à l'Elysée, selon des députés Nouveau Centre reçus à déjeuner par le chef de l'Etat.
"Mme Royal ne peut pas avoir été candidate à l'élection présidentielle et demander sérieusement à des enfants de 16 ans de manifester pour une retraite qui les touchera dans un demi-siècle", a-t-il déclaré. Plus globalement, il a accusé le PS de faire preuve "d'irresponsabilité" sur cette réforme.
Alors que la polémique faisait rage sur l'entrée des lycéens dans le mouvement, l'ex-candidate socialiste à la présidentielle avait jeté de l'huile sur le feu mardi sur TF1, au soir d'une journée d'action contre la réforme qui avait enregistré un record de participation avec de 3,5 millions de manifestants selon les syndicats à 1,23 million selon le ministère de l'Intérieur, en appelant les jeunes à "descendre dans la rue mais de façon très pacifique".
Depuis quelques jours, le gouvernement accusait les opposants à la réforme - et notamment le PS - d'"instrumentaliser" les lycéens en les poussant à se mobiliser. "Les jeunes sont assez grands pour savoir ce qu'ils doivent faire", avait répliqué la présidente PS du conseil régional de Poitou-Charentes mardi soir.
"A 15 ans, à 16 ans je pense en effet que les jeunes sont responsables et savent pourquoi ils descendent dans la rue. Je leur demande d'ailleurs de descendre dans la rue, mais de façon très pacifique", avait-elle poursuivi. "S'ils se mettent aujourd'hui dans les manifestations c'est parce qu'ils ont le sentiment d'être méprisés, comme l'ensemble des Français d'ailleurs", avait encore dit Ségolène Royal.
Face aux réactions en chaîne qui avaient suivi ces propos, Ségolène Royal est revenue à la charge, mercredi dans un communiqué : "Si le gouvernement est inquiet de la colère des jeunes, qu'il retire la réforme des retraites et les manifestations cesseront". "Les Français ont lancé depuis plusieurs semaines au gouvernement un avertissement clair. Ils ne veulent pas d'une réforme injuste et brutale qui pèse sur les seuls salariés tandis que les plus riches, protégés par le pouvoir, continuent à s'enrichir", a-t-elle ajouté.
"Irresponsable" de "mettre des jeunes de 15 ans dans la rue"
Martine Aubry, première secrétaire du PS, avait précédé Ségolène Royal, déclarant mardi en fin de journée que François Fillon prenait "vraiment les jeunes pour des enfants" en les soupçonnant d'avoir été instrumentalisés par la gauche contre les retraites, alors qu'ils ont "l'impression d'être une génération sacrifiée".
Le Premier ministre avait jugé "irresponsable" mardi la "tentation de l'extrême gauche et d'une partie du PS" de "mettre des jeunes de 15 ans dans la rue" contre la réforme des retraites, selon des participants à la réunion hebdomadaire, à huis clos, des députés UMP à l'Assemblée nationale.
Dans l'hémicycle de l'Assemblée, François Fillon avait ensuite lancé : "Je n'ai pas de leçon à donner aux jeunes lycéens qui ont été appelés à la rescousse pour étoffer les manifestations. Je dis simplement que le sort de leur retraite ne sera pas garanti par ceux qui leur promettent de sauver l'avenir en sacrifiant le présent". Auparavant, il avait estimé que "ce n'est pas à nos enfants de payer le prix de notre imprévoyance ou de notre démagogie".
Besson trouve l'intervention de Royal "hallucinante"
Eric Besson n'avait pas tardé à répondre aux propos de Ségolène Royal, jugeant "démagogique", "irresponsable" et "hallucinante" son attitude. "Je l'ai trouvée démagogique, je l'ai trouvée irresponsable", avait-il affirmé sur la chaîne Public Sénat. C'est "une Ségolène Royal qu'on n'a pas vue aussi démagogique et aussi irresponsable depuis longtemps", avait ajouté le ministre. "Qu'un leader politique puisse dire comme ça "je leur demande de descendre dans la rue" tout en ajoutant mais "pacifiquement", mais qu'est-ce que ça veut dire?", s'était encore demandé Eric Besson.
L'intervention de Ségolène Royal a également fait bondir la secrétaire d'Etat à la Famille Nadine Morano, qui en a une nouvelle fois appelé au "sens des responsabilités" des parents des lycéens, jugeant "totalement irresponsable" l'appel "à descendre dans la rue" lancé aux jeunes par la socialiste.
Affirmant que le "blocage des lycées est totalement interdit", Nadine Morano a enfin averti contre le risque d'une "mise en danger des jeunes", en invoquant les incidents survenus en Haute-Savoie, où deux jeunes filles ont été brûlées au visage. Selon elle, "il faut faire extrêmement attention, les choses peuvent déraper vite dans un regroupement spontané de jeunes".
Le sénateur UMP Philippe Marini a, lui, affirmé mercredi sur RFI que la mobilisation contre la réforme "ne changera absolument rien à la détermination du gouvernement et de la majorité", refusant de voir la France dirigée "par la CGT" ou "des comités d'étudiants". "Nous ne sommes pas un pays dirigé par la CGT, nous ne sommes pas un pays dirigé par des comités d'étudiants et de salariés ou de syndicalistes", a-t-il ajouté.
La ministre de l'Enseignement supérieur Valérie Pécresse (sur LCI) et la ministre de la Justice Michèle Alliot-Marie (sur RMC) ont également jugé mercredi "extrêmement choquant" et "profondément irresponsable" l'appel lancé aux jeunes par Ségolène Royal à "descendre dans la rue".
Dominique de Villepin a quant à lui estimé mercredi sur France Info que "l'entrée des jeunes dans les manifestations" constituait "une nouvelle donne". Le risque quand les jeunes descendent dans la rue "c'est que personne ne maîtrise plus rien", a souligné l'ancien Premier ministre, qui avait dû retirer en 2006 sa réforme du CPE face à l'ampleur des manifestations lycéennes et étudiantes.
"Je ne conseillerais pas au gouvernement de ne rien faire, de rester les bras croisés, parce que face à l'injustice il faut bouger", a-t-il dit. Et de conclure que la journée d'action de mardi a constitué "une mobilisation de grande ampleur et de plus grande ampleur que les précédentes, c'est cela qu'il faut retenir". "Nous entrons dans une zone à risque où il est très important de calmer le jeu et d'essayer de trouver de justes compromis", a-t-il ajouté.
135 lycées bloqués
Non seulement les lycéens avaient participé aux cortèges et bloqué des établissements mardi, mais 135 lycées étaient encore perturbés à des degrés divers mercredi matin en France, soit 3,1% de l'ensemble des lycées, dans le cadre de la mobilisation contre la réforme, selon le ministère de l'Education nationale.
Sur les 135 lycées perturbés, 29 étaient bloqués, les autres étant touchés par des tentatives de blocage, des regroupements d'élèves ou des distributions de tracts "avec souvent un fort taux d'absentéisme", selon le ministère.
En Ile-de-France, trois lycées étaient bloqués (dans l'académie de Versailles) et 25 perturbés. A Paris, le ministère a compté sept tentatives de blocage. En Seine-Saint-Denis, selon l'inspection d'académie, deux lycées de Villepinte et Noisy-le-Sec connaissaient des barrages filtrants.
Mardi, de 357 lycées selon le ministère à 800 selon l'Union nationale lycéenne (UNL) avaient été perturbés dans tout le pays.
Les perturbations ont lieu selon la situation spécifique de chaque lycée car les organisations lycéennes n'ont pas donné de consigne nationale pour mercredi, a-t-on appris auprès de l'UNL, dont le principal mot d'ordre est d'appeler à manifester samedi, à la prochaine journée intersyndicale sur les retraites.
L'union syndicale Solidaires avait appelé mardi à organiser "le blocage du pays" pour obtenir le retrait de la réforme face à un "gouvernement enfermé dans sa tour d'ivoire" malgré "plus de trois millions et demi de manifestants". L'union syndicale avait aussi appelé à "développer les liens interprofessionnels et les solidarités entre les salariés des différents secteurs mobilisés et à préparer la nouvelle journée nationale de manifestations de samedi pour se retrouver tous ensemble à nouveau des millions dans la rue".
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