On connaît la difficulté qu’ont ces deux
leaders politiques à se laisser embrigader dans des partis politiques conventionnels où la parole est tenue, les frontières trop bien dessinées, et le débat de plus en plus appauvri. Dans la
rencontre sur France 2 de jeudi soir, entre Ségolène Royal et Daniel Cohn-Bendit, il est clair que ce sont d’abord deux paroles libres qui se sont exprimées, se sont parfois heurtées et
souvent accordées.
Dans une première partie, Ségolène Royal a répondu aux questions d’Arlette Chabot. Repoussant les questions sur les batailles des chefs au PS, sur sa candidature à la présidentielle, sur la date des prochaines primaires, la présidente socialiste de région est d’abord revenue sur la victoire de la gauche aux régionales permise grâce au travail réalisé, « une reconnaissance … du rôle qu’ont joué les régions face à un pouvoir qui a beaucoup détruit », les régions sont « des espaces de protection ». Dans toute son intervention, on a pu mesurer le poids qu’elle donne aux résultats acquis dans les territoires grâce au travail des équipes régionales. C’est une autre France qu’on a découvert à son écoute, une France moins axée sur la capitale et beaucoup plus ouverte sur l’ensemble des territoires, « les travailleurs de la terre et de la mer », les habitants des zones périurbaines qui ne sont pas venus voter car les politiques ne cherchent plus de solutions à leurs problèmes. Condamnant la parole non tenue du gouvernement de Sarkozy, Ségolène Royal veut absolument se battre pour redonner confiance dans la politique, par les résultats sur le terrain et par la qualité du débat apportant des solutions neuves, traçant de « nouveaux chemins ». Ainsi, elle propose un nouveau modèle économique beaucoup plus volontariste et de proximité. Elle réclame fortement la définition d’une politique industrielle « notamment dans le cadre de la mutation écologique » face à un pouvoir qui s’est « moqué du monde » avec les états généraux de l’industrie.
La deuxième partie de l’émission a vu la rencontre entre les deux voix de la gauche, deux voix libres ne recherchant pas artificiellement la mesure, acceptant même les dissonances au nom du respect de l’engagement de l’autre. Pourtant dans les deux moments de divergence, Ségolène Royal a réussi à distancer son débatteur. Sur la question du rassemblement d’abord, Daniel Cohn-Bendit a défendu une position un peu classique : au premier tour on se compte. Ségolène Royal de son côté a davantage porté l’idée du rassemblement sans s'encombrer des stratégies d'appareill. Mais « pas un rassemblement artificiel » prévient-elle : « le rassemblement n’est possible, dès le premier tour, que si la qualité du débat sur les projets ou sur les bilans a permis de faire en sorte que des hommes et des femmes très différents se retrouvent ensemble autour du même combat, pour une autre vision de la France ». Sur la question de la taxe carbone ensuite, dans un échange vif et direct, le tutoiement s’imposant au rythme des réparties, Daniel Cohn-Bendit a défendu cette taxe et sa redistribution. Ségolène Royal lui a répondu d’une formule lapidaire « c’est l’usine à gaz carbonique ! » Réclamant une autre politique « pollueur payeur », la présidente de région, défendant une écologie plus sociale, ne croit pas au remboursement de cette taxe, comme les français, qui ont « les pieds sur terre » et « ne veulent pas être pris pour des gogos » par un pouvoir qui recherche un nouvel impôt pour remplir ses caisses.
Il ressort de cette rencontre d’abord un débat de qualité, comme il s’en fait trop rarement, sur les chaînes de télévision, une belle réussite pour le service public et l’émission d’Arlette Chabot. S'impose ensuite, le sentiment que, pouvant se parler aussi librement, ces deux leaders ont sûrement quelque chose à construire ensemble, pourquoi pas un projet pour la France …
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