Ségolène Royal resterait moins populaire que Nicolas Sarkozy. On raconte que ça inquiète un peu autour d'elle, on raconte que ça en réjouit d'autres.
Surtout, on en tire des conclusions qui me paraissent un peu hatives.
C'est basique mais pas moins vrai : On déteste s'être trompé.
Il ne faut jamais l'oublier en politique.
C'est parce que ceux qui ont voté pour lui détestent s'être trompé qu'ils sont encore si nombreux (si si, son éléctorat) à soutenir Sarkozy contre toute logique et
toute raison.
Les vieux n'ont pas vu l'ombre d'une de ses fameuses promesses devenir réalité mais ils ne veulent pas être les responsables de son échec... Or comme ils le sont...
Il faut que ce ne soit pas un échec. Pour cela il faut continuer à le soutenir et pour que ce soit acceptable il faut de bonnes raisons.
C'est à ça que servent les boucs émissaires que nous sort régulièrement le pouvoir pour justifier 1000 reniements et 100 000 échecs : La crise, les banlieues, les jeunes, les banques, les roms, la gauche.
Ils servent à nourrir la panique intime de l'électeur qui s'est fait avoir : Il préférera toujours avaler une couleuvre ou faire semblant de croire à une énormité confortable plutôt que de reconnaitre qu'il a fait une énorme bétise.
Pour Ségolène Royal c'est à peu près pareil.
Voilà une femme qui a un bon bilan pour à peu près chacun de ses postes, qui est réélue sans discontinuer là où elle a été élue une première fois. Et pourtant elle
parait incapable d'être crédible au national.
Voilà une femme qui lorsqu'elle donne son opinion sur un point précis est approuvée très majoritairement par la population (tempête, taxe Carbone, système
Sarkozy, Total...) et plutôt mieux que la plupart des opinions sur les mêmes sujets de ses camarades du PS, qui est encore moins appréciée que Sarkozy (dont plus personne n'approuve quoique ce
soit).
Cela pourrait sembler fou, ou inquiétant : ça n'est ni l'un ni l'autre.
C'est normal.
L'électeur déteste avoir eu tort : Aujourd'hui il faudrait être un âne aveugle pour ne pas croire que la France se porterait mieux avec Royal à sa tête qu'avec Sarkozy : Tout simplement parce que, objectivement, le bilan des premières années de Sarkozy est un pur désastre. Même les lecteurs du Figaro commencent à s'en rendre compte. C'est dire à quel point la situation est critique. Donc même une Royal nulle (ce qu'elle ne semble pas être si on en croit la situation de sa région) n'aurait pu faire pire.
Or l'électeur lui a préféré Sarkozy. On l'avait averti mais il ne nous a pas cru. Maintenant il voit qu'il a eu tort. Il est bien emmerdé. Alors pour se rassurer il veut continuer à pouvoir dire :
a) C'était la peste ou le choléra ("je m'en lave les mains")
b) Elle est folle, ça aurait été pire.
Alors pour ça, pour reconnaitre que Sarkozy est nul mais que Royal ne pouvait pas être une option, il choisit d'adorer tout ce qui s'oppose aux deux : Villepin ou DSK. Il choisit dans les études d'opinion... Une façon de dire : On m'a trompé, je ne suis pas responsable de cette catastrophe Sarkozyste.
La presse a une très lourde responsabilité. Responsabilité qu'elle n'assume pas.
Nicolas Sarkozy est proche d'une manière ou d'une autre d'à peu près tout ce que la presse compte de dirigeants (de Dassault à Joffrin en passant par Perdriel, Minc, Olivennes, Lagardère, Bouygues ou Bolloré). Ils est l'ami de quelques influents journalistes, quelques autres sont ses obligés et pour ceux qui restent il n'a jamais hésité à faire jouer la menace.
C'est ainsi qu'on a assisté en 2007 à une campagne présidentielle entre un candidat du milieu et une candidate qui lui était complètement étrangère.
Autant dire que même Libé a fait campagne pour Sarkozy en enfonçant Royal dès que c'était possible.
Or, tout comme l'électeur, le journaliste déteste avoir tort. Ainsi, aujourd'hui dès que c'est possible, au delà de toute réalité, dès que c'est possible il faut continuer à construire l'idée que Royal est folle. Et c'est ainsi que la presse, terrifiée par son erreur tragique (après tout c'est rien de moins que la démocratie qui est en danger aujourd'hui avec Sarkozy), s'autopersuade qu'elle a eu raison et nourrit ainsi le besoin équivalent des électeurs trompés.
Et on peut lire ad nauseam sur les forums d'arrêt sur image ou de Rue89 ou de Libé les très révélateurs : "Je n'approuve pas Ségolène Royal mais il faut bien reconnaitre qu'elle a raison"...
Parce que soutenir la personnalité de Royal c'est faire un acte délirant de courage dans un univers médiatique et politique qui continue à la présenter comme une folle hystérique.
Personnellement ma position sur le personnage est plutôt mesuré (il suffit de lire mes articles) mais elle m'impressionne beaucoup par son ancrage populaire et par son pragmatisme. Elle m'intrigue aussi par son incapacité à se fondre dans le même moule que les autres.
Mais je suis sûr d'une chose : quand j'ai voté pour elle en 2007, je ne me suis pas trompé et je le referais si nécessaire sans me pincer le nez.
Si j'ai le temps, je vous dirai pourquoi, selon moi, les amis de Royal ont tort de prendre tout ça trop à coeur et pourquoi elle reste un redoutable animal politique. Mais, est ce bien nécessaire ?
La dernière hystérie UMP contre elle en est l'éclatante preuve. Cet article indigne de Libé qui tentait de mettre Royal sur le même plan que Marine Le Pen (dans l'affaire Bettencourt) a été ridiculisé par ses lecteurs (pourtant peu royalistes)... Bref, il reste bien des choses à dire sur cette étonnante politique mais l'essentiel est sous nos yeux. Bon et mauvais.