Face à la gravité de la crise, les décisions tardives et partielles ne suffisent pas. Je plaide, une nouvelle fois, pour la refondation de l’Europe par la création
des Etats-Unis d’Europe qui mettront en commun les atouts et pas seulement les problèmes des pays européens.
Les peuples d’Europe veulent une Europe au service de l’emploi et du progrès social et non pas l’inverse. Pour y parvenir, la volonté politique doit être plus
rapide et plus puissante que les logiques spéculatives.
Ségolène Royal
Ce que Ségolène Royal a dit sur l’Europe lors de l'émission Le Grand Jury RTL / LCI / Le Figaro – Dimanche 23 Octobre (cliquez ici pour revoir
l’émission)
« Jérôme CHAPUIS
A mes côtés pour vous interroger, Etienne MOUGEOTTE du FIGARO, Frédéric DELPECH de LCI. La page des primaires se tournent au PS, ça a été dur pour vous, ce sont vos mots. Mais depuis, on vous a
vue combative, votre soutien à François HOLLANDE a été jugé décisif par beaucoup de socialistes entre les deux tours, on sera donc attentifs à ce que vous nous direz sur vos intentions, votre
avenir, votre rôle dans la campagne. Mais bien sûr priorité à l’actualité, et l’actualité ce dimanche c’est l’euro, l’Europe qui jouent leur survie à Bruxelles. Conférence de presse conjointe
d’Angela MERKEL et Nicolas SARKOZY il y a une heure pour dire que les choses avancent, mais que les décisions ne seront pas prises avant mercredi, encore un délai. Ségolène ROYAL, que vous
inspire ce suspens, cette situation de quitte ou double ?
Ségolène ROYAL
Ce délai dure depuis très longtemps, j’ai là sous les yeux le communiqué commun, c'est-à-dire la déclaration commune d’Angela MERKEL et de Nicolas SARKOZY du 21 juillet 2011. En deux mots que
disent-ils : « nous sommes fermement engagés en faveur d’une meilleure gouvernance économique de la zone euro, et nous prendrons des décisions avant la fin du mois d’août ». Ils se sont à nouveau
réunis le 16 août 2011, et en tant que vice-présidente de l’Internationale socialiste, vous vous souvenez peut-être, je leur ai adressé un courrier à tous les deux. Et ce qui me frappe en
relisant cette lettre que j’ai ici, c’est que les solutions qui étaient déjà émergentes – non seulement le 16 août 2011 mais déjà après la crise de 2008 – ne sont toujours pas mises en
application. Or l’Europe ne peut s’en sortir que si le couple franco-allemand fonctionne bien…
Jérôme CHAPUIS
Le couple franco-allemand a tardé à réagir !
Ségolène ROYAL
Il a non seulement tardé à réagir, mais nous avons assisté au cours de ces derniers jours à une dispute entre les deux chefs d’Etat qui ne sont plus du tout sur la même longueur d’onde. Et donc
lorsque l’Allemagne et la France ne sont plus sur la même longueur d’onde, c’est l’ensemble des pays européens qui sont fragilisés. Donc à chaque fois… ça devient lassant, nous disons « il y a
maintenant une urgence, il faut qu’ils se décident, il faut qu’enfin des décisions opérationnelles sortent ». A chaque fois il y a des déclarations communes de bonnes intentions, mais les
décisions tardent à suivre. Or ces décisions elles sont communes, pourquoi n’y a-t-il pas toujours un gouvernement économique de la zone euro qui, sous le contrôle des Parlements, pourrait
décider des politiques fiscales, des politiques budgétaires et des politiques de relance ? Pourquoi n’y a-t-il pas encore – je l’avais proposé – un ministre commun franco-allemand des Finances,
qui n’empêche pas bien sûr chaque pays d’avoir son ministre de l’Economie et des Finances, mais pourquoi n’y a-t-il pas une personne commune à la France et à l’Allemagne qui permet de préparer
les convergences avant que les chefs d’Etat ne se réunissent ? Pourquoi n’y a-t-il pas toujours l’interdiction aux établissements bancaires de spéculer sur les dettes publiques ? Ça aussi, ça
avait déjà été annoncé en juillet dernier, c’est la 3ème décision opérationnelle. Et enfin…
Jérôme CHAPUIS
Mais Ségolène ROYAL, si…
Ségolène ROYAL
Et enfin pourquoi n’y a-t-il toujours pas de plan de relance économique ? On ne va pas continuer dans cette spirale que j’appelle « une spirale diabolique », c’est une spirale diabolique que
subissent aujourd’hui les peuples d’Europe. Et cette spirale diabolique, je vous le dis, va mal finir parce qu’il y aura des révoltes populaires, vous avez vu aujourd’hui les manifestations en
Allemagne, pour qu’il y ait des manifestations en Allemagne il faut vraiment que les gens soient très énervés…
Jérôme CHAPUIS
Un mot sur cette dispute…
Ségolène ROYAL
Parce que d’habitude ils sont très disciplinés.
Jérôme CHAPUIS
Un mot sur cette dispute franco-allemande, vous dites qu’Angela MERKEL et Nicolas SARKOZY ne se sont pas entendus, ils sont du même bord politique. Comment François HOLLANDE, s’il était élu,
s’entendrait – lui – avec l’Allemagne ?
Ségolène ROYAL
Mais parce qu’il prendrait les décisions qui s’imposent. Comment se fait-il qu’il y ait des communiqués, je le répète, des communiqués communs des deux chefs d’Etat qui sont encore aujourd’hui
aux responsabilités, et qu’aucune décision ne soit prise ? Je vais dire pourquoi, c’est parce que ce sont les banques qui commandent…
Etienne MOUGEOTTE
Non, non…
Ségolène ROYAL
Si, ce sont les banques…
Etienne MOUGEOTTE
Pas seulement, pas seulement.
Ségolène ROYAL
Et deuxièmement… juste un mot, et deuxièmement…
Etienne MOUGEOTTE
Parce que la France et l’Allemagne sont différentes et que l’Allemagne ne veut pas payer. Vous savez le fameux « l’Allemagne paiera » et l’Allemagne ne veut plus payer, donc il y a vraiment deux
positions à rapprocher. On ne peut pas comme ça d’un… vous avez l’air de dire « il suffit de dire on est d’accord », mais non. La grande difficulté est de rapprocher la France et l’Allemagne, et
ensuite de faire voter les 17.
Ségolène ROYAL
Mais vous avez raison, mais la France et l’Allemagne peuvent très bien travailler à ce qu’il y ait des convergences, c’est bien ce que François MITTERRAND avait fait à un moment lorsque le
Première ministre anglaise demandait le… « give me my monnaie back », à un moment elle mettait l’Europe…
Etienne MOUGEOTTE
Rendez-moi l’argent.
Ségolène ROYAL
Rendez-moi l’argent, c’est un buzz que font les Allemands aujourd’hui. Eh bien ! Il y a la volonté politique ensuite qui se substitue à cela. Pourquoi est-ce qu’au mois d’août, Nicolas SARKOZY a
cédé sur les euro-obligations, pourquoi ?
Etienne MOUGEOTTE
Mais parce qu’elle n’en voulait pas.
Ségolène ROYAL
Parce qu’elle n’en voulait pas…
Etienne MOUGEOTTE
Elle n’en veut pas.
Ségolène ROYAL
Et pourquoi n’ont-ils pas continué à discuter, car ce que disait le ministre des Finances allemand…
Jérôme CHAPUIS
Ils continuent à discuter, ils sont encore en train de discuter ce soir.
Ségolène ROYAL
Ecoutez c’est un peu tard, à quelle date sommes-nous aujourd’hui ? Donc pourquoi est-ce que lorsque le ministre des Finances allemand dit au mois d’août « nous ne voulons pas des euro-obligations
pour que les mauvais élèves ne paient pas moins que les bons élèves », c’était l’argument assez simple qui n’est pas faux d’ailleurs. Pourquoi à partir de cette position-là, la France ne
s’est-elle pas mise au travail pour faire converger les points de vue ? C’était assez simple. Il suffisait de donner satisfaction à l’Allemagne en disant : « si vous acceptez les
euro-obligations, pour les auditeurs je rappelle que les euro-obligations c’est l’idée toute simple qu’en se mettant en commun…
Frédéric DELPECH
Pour mutualiser la dette.
Ségolène ROYAL
C’est plus… oui, il faut être plus précis parce que les gens ont du mal à comprendre ce qui est en train de se passer. D’ailleurs il y a un gros déficit démocratique, j’y reviendrai tout à
l’heure. Les euro-obligations…
(…) Brouhaha
Ségolène ROYAL
C’est pour que les auditeurs comprennent bien, ça veut dire quoi les euro-obligations ? Ça veut dire que les pays se mettent ensemble pour emprunter, et donc que c’est moins cher puisqu’ils
cessent de se faire concurrence les uns contre les autres vis-à-vis des banques qui en profitent. Si les pays européens se font concurrence, alors les banques en profitent et relèvent les taux
sur les pays qui sont les plus endettés. Sauf que…
Jérôme CHAPUIS
Mais Ségolène ROYAL, expliquez-nous comment François HOLLANDE réussirait à convaincre Angela MERKEL là où Nicolas SARKOZY, pour l’instant, n’a pas réussi !
Ségolène ROYAL
Mais c’est très simple, il dirait : en échange des euro-obligations, c'est-à-dire en échange d’une solidarité européenne qui se traduirait par le fait d’emprunter collectivement au système
bancaire et, donc, d’imposer au système bancaire des taux d’intérêt au lieu de les subir, en contrepartie on met en place un système franco-allemand ou un système de gouvernement économique
européen qui contrôle en effet la bonne gestion…
Etienne MOUGEOTTE
Est-ce que…
Ségolène ROYAL
Mais attendez, laissez-moi finir ma phrase, la bonne gestion des fonds publics par les Etats qui vont profiter de ces euro-obligations. Mais sinon le système va aller dans le mur, vous le savez
bien…
Etienne MOUGEOTTE
Bien sûr, mais vous…
Ségolène ROYAL
Le système va dans le mur, eh ben ! Non, on continue à un imposer de l’austérité aux peuples.
Frédéric DELPECH
Pour revenir quand même à ce qui se joue aujourd’hui à Bruxelles, il y a des choses très précises qui sont en discussion comme par exemple renforcer le fonds de secours. Alors la France
souhaitait l’adosser… à ce que ce fonds de secours puisse emprunter auprès de la BCE, ce que les Allemands ne veulent pas, quelle est votre position, est-ce que vous souhaitez par exemple
également qu’il y ait une recapitalisation des banques, et de quelle manière ? Alors là, ce sont les discussions qui ont lieu en ce moment à Bruxelles, donc quelle est votre position par rapport
à ces discussions ?
Ségolène ROYAL
Je voudrais dire trois choses. D’abord les banques auraient dû être beaucoup plus prudentes, parce que si l’on parle aujourd’hui de recapitalisation bancaire, qu’est-ce que ça veut dire pour nos
auditeurs ? Ça veut dire qu’il faut que les banques gardent au moins 10 % en fonds propres dans leurs ressources. Les fameuses règles prudentielles de Bâle, 17 %, qu’est-ce que ça veut dire ?
J’explique très clairement pour que les gens comprennent, ça veut dire que pour être prudent il faut garder des fonds propres parce que sinon, ça met en difficulté les dépôts que vous recevez des
gens. Et donc il vaut mieux, pour être solvable, avoir un peu de fonds propres dans ses caisses. Comment se fait-il que les banques aujourd’hui n’aient pas gardé un minimum de fonds propres,
parce qu’elles y sont obligées par la réglementation interbancaire, donc déjà elles se sont très mal comportées. Donc moi ce que je propose c’est qu’aujourd’hui, si l’on aide les banques à se
recapitaliser, c'est-à-dire si une fois de plus les Etats…
Frédéric DELPECH
De l’argent public ou privé, comme le souhaitent plutôt les Allemands ?
Ségolène ROYAL
Il vaudrait mieux de l’argent privé, c'est-à-dire que les banques commencent à organiser la solidarité entre elles, entre celles qui ont gagné et celles qui ont perdu. Et pour cela, il faut que
les Etats rentrent au conseil d’administration des banques. Ça, ça serait un signal très bénéfique pour l’équilibre économique, parce que ça voudrait dire qu’enfin ce ne sont plus les banques qui
commandent, mais que les chefs d’Etat et de gouvernement – c'est-à-dire les représentants des peuples – entrent dans le conseil d’administration des banques pour vérifier ce qui s’y fait. Car ce
dont on…
Etienne MOUGEOTTE
On a des mauvais souvenirs, le CREDIT LYONNAIS il y avait l’Etat, et ça s’est quand même… non, je veux dire que ce n’est pas la solution…
Ségolène ROYAL
Non, ne mélangeons pas…
Etienne MOUGEOTTE
Miracle.
Ségolène ROYAL
Ne mélangeons pas tout, ce n’est pas la solution miracle.
Jérôme CHAPUIS
Ce que vous dites en tout cas…
Ségolène ROYAL
Ce n’est pas la solution miracle.
Jérôme CHAPUIS
Pas d’aide pour les banques…
Ségolène ROYAL
Mais sans cette solution-là, les banques vont continuer à spéculer et à mettre les peuples à genoux. Et c’est si vrai, quand je parle de spirale diabolique, c’est que lorsque la note d’un Etat
est dégradée comme aujourd'hui la menace pèse sur la France, qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu’un Etat est fragilisé. Ça se traduit comment ? Ça se traduit par le fait qu’un Etat va
emprunter avec des taux d’intérêt supérieurs. Autrement dit, lorsqu’une agence de notation liée au système bancaire dégrade la note d’un Etat, ça produit l’effet pervers suivant : c’est que les
banques vont s’enrichir puisque les taux d’intérêt vont augmenter. Est-ce que ce système est encore supportable, est encore tenable ? Il ne l’est plus. Donc comment est-ce qu’on le réforme ? On
le réforme de façon très simple, c’est qu’en disant très clairement aux banques qu’aujourd’hui l’essentiel de leurs ressources doit être consacré au développement économique des entreprises, et
non plus à la spéculation. Et la situation est extrêmement grave, on a vu ce qui se passe en Grèce, demain peut-être au Portugal, demain peut-être en France, donc pourquoi tant d’inertie ?
Frédéric DELPECH
Mais est-ce qu’il faut la même fermeté…
Ségolène ROYAL
Pourquoi est-ce que les spéculateurs sont plus rapides que les politiques ?
Frédéric DELPECH
Vis-à-vis des banques que vis-à-vis de la Grèce par exemple, est-ce que vous êtes favorable à ce que les pressions soient plus importantes sur le gouvernement grec, et par exemple aussi sur le
gouvernement italien, parce qu’on a vu ce matin Silvio BERLUSCONI (qui a été en quelque sorte convoqué par Angela MERKEL et Nicolas SARKOZY) pour donner des gages supplémentaires ?
Ségolène ROYAL
Mais de quoi s’agit-il là ? La question que vous posez, c’est de savoir s’il faut imposer de l’austérité supplémentaire encore à la Grèce ? Honnêtement est-ce que c’est possible ? Vous savez ce
qui se passe aujourd’hui, il y a une fuite des cerveaux, les gens partent de Grèce maintenant, est-ce qu’on peut redresser un pays en donnant un nouveau coup de bâton sur l’austérité ? Est-ce que
ça marche ? Non, ça ne marche pas. Est-ce que ça aggrave la situation ? Oui, ça aggrave la situation. Pourquoi ça aggrave la situation puisque les marchés financiers, tant qu’on n’aura pas imposé
d’autres règles, recherche des rendements à deux chiffres, c'est-à-dire… c’est pour ça que l’argent circule à toute vitesse et n’importe comment, puisque les fonds financiers veulent des
rendements à deux chiffres, à plus de 10 %. La croissance économique est à quel niveau ? Elle vient d’être rabaissée en France avec des prévisions de 1 %, ça veut dire…
Etienne MOUGEOTTE
En Allemagne aussi.
Ségolène ROYAL
En Allemagne, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que l’on fabrique 1 % de plus de richesse, de salaires, d’emplois, d’économie réelle ; et que les marchés financiers veulent eux des rendements à
plus de 10 %.
Etienne MOUGEOTTE
Précisément, précisément…
Ségolène ROYAL
Qui paie la différence, qui paie la différence ?
Jérôme CHAPUIS
D’un mot…
Ségolène ROYAL
C’est la misère qui paie la différence.
Jérôme CHAPUIS
Frédéric DELPECH parlait de l’Italie, juste un mot de politique, est-ce que pour vous le départ de Silvio BERLUSCONI serait de nature à rétablir la confiance des Européens ? C’est un peu une
question qui se pose en Europe et dans son pays.
Ségolène ROYAL
Mais c’est disproportionné, je veux dire c’est le système financier global qu’il faut réformer. On a l’impression que c’est compliqué à faire, mais le pire c’est que ça n’est pas compliqué à
faire. Donc pourquoi est-ce que le système bancaire a tant de pouvoir, et en France pourquoi le président de la République ne réunit-il pas les 5 grandes banques privées françaises,
pourquoi ne créé-t-on pas une banque publique d’aide de financement des petites et moyennes entreprises qui serait financée par le prélèvement sur les mouvements financiers ? Savez-vous qu’une
taxe sur les mouvements de capitaux a été votée par le Parlement européen au mois de mars dernier, et que ce vote n’est toujours pas appliqué…
Etienne MOUGEOTTE
Non mais vous avez entendu…
Ségolène ROYAL
Est-ce qu’elle existe cette taxe ?
Etienne MOUGEOTTE
Madame MERKEL et Monsieur SARKOZY ont redit aujourd’hui qu’ils sont pour, mais il y a les 17 autres et même les 27…
Ségolène ROYAL
Eh ben ! Faisons-le déjà 2.
Jérôme CHAPUIS
Et le G20 derrière.
Ségolène ROYAL
Et continuons. Et dans la zone euro des 17 pays, faisons-le dans les 17 pays.
Frédéric DELPECH
Mais alors ça c’est… c’est une proposition pour les banques françaises, mais là sur ce plan… ce vaste plan européen, est-ce que vous en approuvez l’architecture globale telle qu’elle se dessine
et telle qu’elle devrait peut-être être annoncée mercredi ?
Ségolène ROYAL
Mais quelles sont les grandes perspectives à part l’intervention du fonds de stabilité…
Jérôme CHAPUIS
D’un mot ce qui se dessinait, c’était 50 % des 350 milliards d’euros que doit à la Grèce seraient effacés, les banques prendraient leurs pertes. Et puis effectivement il y a la question du statut
du fonds… du FESF, du fonds européens. Est-ce que…
Ségolène ROYAL
Mais ça, ce sont…
Jérôme CHAPUIS
Au fond si les socialistes étaient au pouvoir, les choses prendraient… est-ce qu’il y a un autre chemin possible tout simplement Ségolène ROYAL ?
Ségolène ROYAL
Mais bien sûr qu’il y a un autre possible…
Etienne MOUGEOTTE
Est-ce que je peux préciser la question, vous avez parlé tout à l’heure de plan de relance économique…
Ségolène ROYAL
Oui.
Etienne MOUGEOTTE
Est-ce que vous pouvez nous dire, si vous étiez aux affaires ou quand vous y serez, comment vous allez relancer l’économie sans creuser la dette et risquer la dégradation, la perte de la fameuse
note AAA ?
Ségolène ROYAL
Je le fais selon les règles que le Parlement européen a voté le 8 mars 2011 et que j’ai là sous les yeux.
Etienne MOUGEOTTE
Allons-y alors.
Ségolène ROYAL
Comment se fait-il d’abord qu’une décision du Parlement européen votée le 8 mars 2011 ne soit toujours pas en application ? Qu’a voté le Parlement européen ? Une taxe sur les mouvements de
capitaux. Cette taxe sur les mouvements de capitaux était destinée à financer le plan de relance de l’activité économique des entreprises, et notamment des petites et moyennes entreprises. Donc
voilà une solution très simple, nous avons quand même des perspectives de développement économique dans le domaine de la croissance verte, de la mutation énergétique, des biotechnologies, des
nouveaux matériaux, des transports publics, bref ! Il y a des champs considérables de développements industriels, et que voit-on aujourd’hui ? L’Europe – et notamment la France – qui perd son
industrie parce que les banques ne font pas leur travail de prêts à l’économie et aux entreprises. Je vous assure que depuis un mois ou deux…
Jérôme CHAPUIS
Pour cette histoire de taxe sur les transactions financières dont vous parliez à l’instant, il faudrait pour cela que non seulement le Parlement européen soit d’accord, ça c’est une chose, mais
que les gouvernements soient d’accord, ce n’est pas le cas !
Ségolène ROYAL
Mais écoutez… alors là il n’y a plus de démocratie alors, le Parlement européen ne sert plus à rien. D’ailleurs ce que vous dites est assez juste, ce que l’on observe c’est un grave
dysfonctionnement de l’ensemble des institutions. Que voit-on ? Un Parlement européen qui vote des textes qui ne sont pas appliqués, alors que normalement ensuite ces textes, chaque Etat doit
s’en saisir, chaque gouvernement doit s’en saisir, le Conseil européen doit s’en saisir et les Parlements nationaux doivent mettre en application les règles votées par le Parlement européen.
C’était une avancée considérable, ça n’a pas été facile d’obtenir ce vote majoritaire au Parlement européen, taxer les mouvements de capitaux. Je peux vous dire qu’il y en a eu des actions de
lobbying auprès du Parlement européen pour que ce dispositif ne soit pas voté. Donc nous l’avons, appliquons-le et réinjectons cet argent dans le développement économique des PME, parce qu’on
sait que c’est là que l’on peut créer des activités, des emplois et de la valeur ajoutée. On ne sortira pas, on ne sortira pas de la crise actuelle si on ne relance pas la création de richesse,
tout le monde le sait. »
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