« Dans la grave crise qui se présente et qui n’est pas derrière nous, il faut rassembler toutes les forces de la France et (…) l’homme le mieux à même de rassembler, c’est François Hollande ».
Le soutien de Jean-Pierre Chevènement à François Hollande hier soir au 20H de TF1 est clair et net tout autant que les qualités attribuées au candidat socialiste en conférence de presse ce matin : « Je sais qui est François Hollande, un homme intelligent, pragmatique, un homme d’Etat réaliste ». Ce soutien revêt une importance particulière pour le candidat socialiste dans la stratégie qu’il s’est fixé.
D’abord parce qu’il est essentiel dans une campagne présidentielle de montrer sa capacité de rassemblement et de pouvoir donc se prévaloir de manière régulière de ralliements allant au-delà des seuls socialistes.
Ensuite parce que ces soutiens à la stature méritant une interview dans un 20 heures, seront de nouvelles voix susceptibles d’être entendues des Français.
Enfin parce que Jean-Pierre Chevènement est un homme politique au parcours, au tempérament, au positionnement politique, qui le distingue de la plupart de ses congénères.
Celui que l’on surnomme le Ché en hommage à sa personnalité rebelle et à son armature idéologique solide, porte en effet à lui tout seul une part de l’histoire politique de la gauche française : co-fondateur – le dernier encore en activité politique ! – avec François Mitterrand du parti socialiste à Epinay en 1971, rédacteur et inspirateur du programme du futur président en 1981, plusieurs fois ministre et souvent démissionnaire pour désaccord de fond (« un ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne »), pourfendeur de l’Europe de Maastricht et plus tard du traité constitutionnel européen, républicain intransigeant, « miraculé de la République » après une opération en 1998, candidat à la présidentielle de 2002, soutien de Ségolène Royal en 2007, président fondateur du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC).
Poids des ans obligent, Jean-Pierre Chevènement glisse doucement du rôle de responsable politique actif à celui de figure tutélaire et de sage de la gauche – Lionel Jospin nous maudira s’il lit ces lignes… C’est ce poids moral qu’il apporte à François Hollande.
L’arrivée du souverainiste assumé Jean-Pierre Chevènement auprès du candidat socialiste, c’est aussi la priorité affichée par celui-ci d’assumer jusqu’au bout sa volonté de renégocier le traité européen de stabilité, de ne pas laisser aux autres candidats le terrain de la contestation de l’Europe de la dérégulation.
L’ancien ministre de l’intérieur initiateur principal de l’aggiornamento du parti socialiste sur la question de l’insécurité, sera également un atout lorsque ce thème, pour l’instant étrangement absent, reviendra au devant de la scène de la campagne.
Last but not least, avoir Jean-Pierre Chevènement dans son équipe de campagne, c’est l’assurance de la loyauté. Ségolène Royal peut en témoigner, elle qui avait dit que l’issue de la campagne de 2007 aurait été différente si elle n’avait eu que des Chevènement dans son équipe.
Pour François Hollande, le premier tour sert à rassembler son camp avant de l’élargir au second. En obtenant le soutien de Jean-Pierre Chevènement, en ayant fait l’union sacrée de tous les socialistes – ce n’est pas une mince affaire –, en faisant campagne avec le PRG à ses côtés, en préservant des relations convenables avec les candidats d’Europe Ecologie et du Front de Gauche, il construit patiemment dans une démarche très mitterrandienne les conditions de la victoire le 6 mai prochain.
Source : Ze Rédac
