TVA « sociale », le retour ?
Au-delà de la fiscalité du patrimoine, cette convergence sélective sert à ressortir des cartons un projet déjà ancien, la fameuse TVA « sociale », visant à baisser les cotisations sociales patronales et à augmenter la TVA en contrepartie pour financer le système de sécurité sociale. Ses effets sur les prix, donc sur le pouvoir d’achat des ménages, sont fréquemment débattus. Pour ses partisans, l’intérêt est, grâce à la réduction des cotisations sociales, de baisser le prix de revient des biens et des services produits en France ce qui favoriserait la compétitivité économique française. Une baisse du prix de revient est en effet censée dynamiser les exportations, celles-ci s’effectuant hors taxe. Les partisans de ce projet expliquent également que, mis à part les produits importés (qui supportent, eux, la TVA), les prix n’augmenteraient pas pour les biens et les services produits et vendus en France, la hausse de la TVA étant compensée par la baisse du prix de revient, auquel s’applique la TVA.
Pour ses partisans, la TVA sociale serait parée d’une vertu, celle consistant à alléger les charges sur le travail pour leur préférer une imposition de la consommation. Mais avec quoi l’immense majorité des ménages consomment-ils, si ce n’est avec leurs revenus du travail ? Imposer la consommation revient de facto à imposer le travail ! Or, la consommation est l’un des leviers essentiels de la croissance.
Résumons nous : avec une « TVA sociale », les prix des biens et des services importés augmenteraient, de même que les prix d’une bonne partie de ceux qui sont produits en France, et ceci du fait de la hausse d’un impôt qui pèse plus lourdement sur les revenus modestes que sur les revenus élevés, tout cela au nom d’un soi-disant mouvement de convergence avec l’Allemagne, dont le taux normal de TVA est de 19 % alors que le taux français est de 19,6 %... On aura beau vouloir baptiser ce projet TVA « sociale » ou TVA « anti-délocalisation » ou de tout autre nom, il n’en demeure pas moins qu’un tel transfert de charge vers les ménages ajouterait à l’injustice fiscale et sociale. Décidément, ce tour de passe-passe ne passe pas…
