Par Saint-Simon
Pendant des mois, depuis qu’il a été désigné à l’occasion des primaires citoyennes comme le candidat du parti socialiste et du parti radical de gauche à la présidentielle, la droite s’est échinée, acharnée devrions-nous dire, à dépeindre François Hollande comme un homme politique mou, ne sachant pas décider, changeant d’avis au gré du vent comme feu Edgar Faure, à l’ancienne façon 4èmerépublique, alors que la situation de crise exige une gestion du pays plus proche de Bonaparte que d’Henri Queuille et son fameux « il n’y a pas de problème qu’une absence de solution ne saurait résoudre ».
Nicolas Sarkozy et ses amis ont fini par désespérer d’en convaincre les Français et par charger leurs fusils à critiques avec d’autres munitions.
C’est que s’impose petit à petit l’idée que François Hollande est certes un homme n’aimant pas heurter gratuitement et n’ayant pas une conception caporalisante du pouvoir – ce qui nous paraît davantage une qualité qu’un défaut –, mais qu’il est un responsable politique sachant dire non lorsqu’il est convaincu de la justesse de son refus.
Sur la stratégie, il a en effet montré, dans la plus difficile des campagnes, qu’il savait garder le cap et ne pas se mettre à godiller au premier coup de vent. Cette constance prouve qu’il sait résister à la tentation de l’affolement et à l’improvisation, une qualité indispensable pour un chef d’Etat.
Sur le fond, deux sujets majeurs engageant l’avenir de la France éprouvent la capacité de résistance du probable futur président.
Depuis plusieurs années, François Hollande prône le retrait rapide des troupes françaises d’Afghanistan dont la présence ne sert plus l’objectif défini lors de la décision commune prise par Jacques Chirac et Lionel Jospin en 2001 de les y engager. Ce qui a longtemps été un souhait est devenu une promesse du candidat Hollande.
C’est à partir de ce moment-là que la pression s’est accentuée pour le faire changer d’avis. Pression bien sûr de la droite et Nicolas Sarkozy ne manque pas une occasion de dire à quel point sa position est irresponsable. Pression également des experts militaires de toutes sortes qui affirment que le retrait est matériellement impossible d’ici à la fin de l’année 2012. Pression enfin des Américains qui ne partagent pas cette option de celui dont ils ont bien compris qu’il serait le futur président de la France.
François Hollande a tenu bon. La décision du politique s’imposera aux militaires et il se rendra au sommet de l’OTAN à Chicago devant Barak Obama et tous les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Alliance Atlantique pour faire officiellement part de la décision de la France de se retirer avant le 1er janvier 2013. Une position d’indépendance qui tranche avec l’alignement systématique de Nicolas Sarkozy, avant 2008, sur l’Amérique néo-conservatrice de Georges W. Bush.
Même fermeté du candidat socialiste sur la renégociation du traité européen de discipline budgétaire pour y inclure un objectif de croissance économique. C’est peu dire qu’il s’est heurté sur ce sujet au mieux au scepticisme, au pire à l’hostilité en France et à l’étranger. Mais sa constance a, au fur et à mesure que sa victoire est devenue probable, fait tomber les digues. De plus en plus de dirigeants européens se rallient ouvertement à cette position ou attendent secrètement une nouvelle voix de la France dans les instances européennes.
Fort de sa conviction, il vient de déclarer à un journal allemand qu’il bloquerait le pacte budgétaire – qui ne peut s’appliquer sans ratification de la France – s’il ne contient pas de mesures de croissance. C’est donc un bras de fer avec la chancelière allemande que François Hollande est prêt à engager pour défendre les intérêts des citoyens français et européens.
En refusant enfin aujourd’hui de lier le programme qu’il mettra en œuvre après son élection aux pronostics de croissance donnés par le Fonds Monétaire International – « sinon je serais un résigné » –, il affirme que la politique de la France ne se fera pas sous le diktat des institutions financières.
Par sa volonté de ne pas ignorer le réel mais de réaffirmer la capacité à agir du volontarisme politique, celui dont on disait qu’il ne savait pas dire non et qui a voté oui au traité constitutionnel européen de 2005, est le meilleur rassembleur de la France du oui et de celle du non.
Source : http://zeredac.com/2012/04/18/francois-hollande-lhomme-qui-sait-dire-non/
