La bourse ou la vie ? L'Europe a choisi
En soi, honorer les créances est sain. Mais quand ce sont ces mêmes banques qui ont provoqué la crise, qu’il a fallu aider à coups de milliards d’argent public et qui sont aujourd’hui les véritables bénéficiaires de ces nouveaux plans d’aide, on peut être pris d’envies révolutionnaires… Nous sommes tout de même dans un système totalement ubuesque où les établissements financiers obtiennent le beurre, la crème, la crémière, la petite sœur de la crémière et son mari comme esclave !
En effet, dans les années 2000, la finance a engrangé des profits de plus en plus importants en spéculant en dépit du bon sens (le précédent de 2001 était pourtant récent). Ces excès ont plongé le monde au bord d’un cataclysme économique. Les Etats ont donc apporté l’argent qu’il fallait pour sauver le système financier, déséquilibrant un peu plus des finances publiques mises à mal par la crise. Et voilà qu’aujourd’hui les banques, qui font à nouveau des profits colossaux, exigent et obtiennent que le remboursement des créances devienne la priorité politique numéro 1 !
Un Etat ne fait pas faillite. Il fait « seulement » défaut, à savoir qu’il n’honore pas ses engagements financiers. Le problème est que le continent européen est soumis à une terrible complication : l’euro. En effet, si l’Argentine a pu rebondir après son défaut de 2002, c’est aussi parce que le peso a été fortement dévalué. Mais la Grèce et l’Irlande, membres de l’euro, ne peuvent pas dévaluer pour relancer leur économie et sont donc prises dans le piège de la déflation.
C’est ainsi qu’alors que le plan Irlandais garantit les paiements dus aux banques, il propose de baisser le SMIC de plus de 11% ! Les contribuables sont doublement perdants : ils paient le plan de sauvetage et voient leur salaire baisser (les entreprises poussant pour que l’impôt sur les sociétés ne bouge pas… ). Dans quelques décennies, les économistes se pencheront sans doute avec un certain ahurissement sur cette priorité ubuesque et inhumaine donnée à la finance sur les hommes.
Heureusement, les nations peuvent encore défaire ces plans iniques. Les peuples ont perdu une bataille, mais ils n’ont pas perdu la guerre. La résistance pourrait bien commencer en janvier à Dublin la rebelle. En attendant, souvenons-nous que nous sommes tous des Irlandais en puissance.
Je vous invite à lire les très bons papiers de Frédéric Lordon sur la crise européenne (partie 1 et partie 2 )
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