19/11/2010 à 10h10 - mis à jour le 19/11/2010 à 10h59
Martine Aubry était invitée de TF1 au lendemain de l'intervention télévisée de Nicolas Sarkozy |
Capture d'écran
C'est quoi le problème Aubry ? Pouquoi ça ne prend pas ? Pourquoi n'incarne-t-elle pas naturellement
l'alternance que tant et tant de Français attendent ?
Quelque chose ne va pas. Tenez, avant hier, elle a été l'invitée du journal de 20 heures de TF1. Le résultat ?
Un trou d'audience monstrueux lors de son passage. Une béance. Pour l'excuser, certains ont mis en avant le fait que le public de TF1 à cette heure est
plus jeune que celui de la deux. Personnellement, je trouve que c'est encore plus accablant. Si le premier secrétaire du PS en fonction n'arrive pas à susciter un peu d'entrain au sein de la
classe d'âge la plus rétive au charme du président, c'est à désespérer.
Et pourtant, Aubry a toutes les cartes en mains : le PS, la soumission des caciques, la satellisation de Royal
et Hollande, mais aussi de Valls et Montebourg.... Sans parler du silence et de l'éloignement de DSK, facteur qu'elle devrait mettre à profit pour s'imposer. Eh bien ! Malgré tout cela,
ça ne passe pas...
Pourquoi ?
Depuis deux ans, je croise régulièrement des "communicants" qui tous, se flattent d'avoir conseillé à Aubry de se "merkeliser". Moi-même, j'ai cru un moment que
cela pourrait fonctionner. Mais aujourd'hui, tout prouve que cette stratégie est une erreur. Se "merkeliser "... Pour paraphraser Audiard, je dirais que lorsqu'on a cette ambition là, on ouvre
une épicerie, on ne gouverne pas un pays comme la France ! Les Français, désespérés par un président qui ressemble à un petit chef de bureau tyrannique ne veulent pas de son équivalent
socialiste, même en à peine moins désagréable, même en version moins bling bling. Profondément, ce pays aspire à la hauteur des ambitions apaisées, ce que Martine Aubry, pour le moment, (et je
dis bien pour le moment) n'incarne pas.
J'entends aussi souvent dire que les prémisses de cette élection présidentielle 2012 ressemblent à celles de 1981, à savoir : un président en pleine dérive
monarchique, empêtré dans des affaires qui n'en finissent pas, et un PS où deux candidats potentiels se disputent l'investiture.
Il existe cependant une différence fondamentale entre les deux perspectives. Michel Rocard et François Mitterrand ne cachaient pas leur envie d'être candidat. De
mars 1978 à la fin de l'année 1980, ils se sont comportés aux yeux des Français comme des candidats potentiels, désireux de s'affirmer comme tels, développant au fil de leurs interventions
publiques un projet de gouvernement porté par leur personne, ce qui est, après tout, la logique de l'élection présidentielle au suffrage universel dans sa version française. Ce ne sont pas
les Français qui vont au candidat, c'est le candidat qui va aux Français.
Aujourd'hui, ni Aubry, ni DSK ne sont pas dans cette posture. Le second est piégé par sa fonction internationale. Et la première, au lieu de faire comme Mitterrand
il y a trente ans, qui lui ne pouvait se réjouir de voir Rocard silencieux au FMI, se comporte comme si elle voulait que l'on pense qu'elle ferait une bonne candidate sans se donner la peine de
convaincre qu'elle est une bonne candidate, qu'elle porte une idée, un projet et un élan.
Hélas pour elle, pour le PS et pour la gauche, ça n'est pas comme ça que ça marche (de ce point de vue, pour être honnête,
seule Ségolène Royal a intégré cette dimension). L'histoire a déjà montré les dégâts que pouvaient causer ces candidats potentiels vers qui l'on se tourne alors qu'eux mêmes ne
sont pas déterminés à aller au peuple parce qu'ils ne veulent pas jouer le jeu imposé de l'élection présidentielle à la française. Ou ils font défaut, ou ils font une campagne à côté de la
plaque (cf Delors 94 et Jospin 2002).
Pour le moment, les Français ne voient qu'un Premier secrétaire qui se donne les moyens d'être candidat en montant une petite magouille autour des Primaires, qui se
montre avec parcimonie à la télévision et qui leur sert des discours mal dits et mal joués. Ils ne sentent nulle envie de convaincre, d'emporter l'adhésion, de lever
l'enthousiasme. On ne peut pas entrainer le peuple héritier de 1789, 1936 et 1981 en affichant le charisme d'une directrice d'école publique des années 50 dont on devine qu'elle
répondra à tout : "C'est comme ça et pas autrement".
Si le phénomène Aubry ne prend pas, c'est parce qu'il n'existe pas, parce que les Français sentent
qu'elle n'a ni ambition, ni projet, ni idée, et pire encore, ni réelle envie d'être président de la République.
L’auteur
Journaliste. Disponible sur le Post mais aussi sur son blog sport "BRP HD" et à l'occ...
Source:
