Par Hemingway
Ah les affaires ! Elles tournoient sur la tête de la campagne Sarkozy sans parvenir à se poser. Imaginez seulement un instant comment la droite se serait comportée si un président socialiste était confronté, en plein milieu d’une présidentielle, à des affaires de corruption. Imaginez comment l’UMP aurait réagi après un drame tel que celui de Toulouse – dans un contexte, qui plus est, de détérioration des chiffres de l’insécurité – si elle avait été dans l’opposition. Imaginez ce qu’elle aurait pu dire à l’annonce d’une nouvelle dégradation des chiffres du chômage ?
Vous n’avez pas à faire un gros effort d’imagination et vous avez déjà trouvé : les snipers de la droite aurait frappé fort, très fort, nombreux, très nombreux. Sans aucun souci de la nuance, sans crainte de paraître excessif, l’essentiel étant d’étourdir l’adversaire et de troubler puis de convaincre l’opinion de l’échec de ceux qui sont au pouvoir. Souvenez-vous du torrent de critiques en incompétence et en laxisme déversé sur le gouvernement Jospin en 2002 suite à l’agression de Papy Voise. Rappelez-vous également, alors que Nicolas Sarkozy vient de parler de « méprisance », ce que la droite a dit de la « bravitude » en 2007.
Quoi qu’il en soit, une campagne présidentielle, surtout face à Nicolas Sarkozy, est un combat d’une grande rudesse et parfois même d’une grande violence. Comme François Hollande l’a expliqué bien avant que les sondages ne commencent à lui donner raison, le résultat final sera serré, se jouera peut-être à un fil. Le candidat de l’UMP vendra chèrement sa peau jusqu’au dernier souffle.
Pour l’aider, il dispose de moyens que le candidat socialiste n’a pas, notamment la capacité d’influence auprès des médias, par copinage ou par la menace de représailles, qui n’a d’ailleurs pas besoin d’être explicite, à tel point que l’auto-censure remplace les ciseaux depuis longtemps cassés du pouvoir. Pour s’en rendre compte, il suffit de comparer le traitement du énième rebondissement de l’affaire DSK qui concerne des agissements privés même si le personnage est public, et celui des soupçons graves et récents par un juge d’instruction de financement illégal de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007.
Ceci étant dit, la presse fait souvent bien son travail. Elle a posé beaucoup de questions, mettant de facto en cause le pouvoir, sur le drame de Toulouse, particulièrement pour savoir s’il aurait pu être évité par les institutions chargées de la protection de la population. Elle a traité normalement les dernières statistiques du chômage, même si on aurait aimé la voir plus impertinente sur la « baisse tendancielle de l’augmentation » qui a fait florès surtout grâce à internet.
Dans un moment où le match est serré et se tend, François Hollande a besoin autour de lui de la gauche car ça n’est pas à lui de monter à l’assaut. Il doit rester au dessus de la mêlée. Et c’est aux poids-lourds, à ceux que l’opinion entend, de jouer ce rôle. On attend par exemple le formidable porte voix qu’est Jean-Luc Melenchon.
Dans une campagne présidentielle, les occasions de porter le fer là où ça fait mal, c’est-à-dire là où l’adversaire a une faiblesse, là où il a des comptes à rendre, ne sont pas si fréquentes. Il faut donc mettre un peu de vice à l’ouvrage.
Source : http://zeredac.com/2012/03/28/porter-le-fer-sur-les-faiblesses-de-sarkozy/
