Pour le PS, le double ultimatum du président-candidat dimanche prouve qu'il est possible de renégocier
des traités européens. Contrairement à ce que reproche l'UMP à Hollande depuis des semaines.
«En parlant de renégocier Schengen - une mesure appliquée au Danemark par la droite soutenue par l'extrême droite avant qu'elle soit balayée par la gauche, Sarkozy
donne raison à François Hollande : les traités européens peuvent être renégociés», se félicite
Jean-Christophe Cambadélis, chargé des relations internationales au PS.
«Nicolas Sarkozy qui nous pilonnait sur notre volonté de revenir sur un traité pas encore ratifié et voilà qu'il veut tout renégocier en Europe», renchérit le porte-parole de campagne Bruno Le Roux. «Avec tout ça, Merkel va bientôt appeler Hollande», plaisante (à peine) Manuel Valls.
Avant même le discours du candidat de l'UMP, François Hollande répliquait sur le mode serein, dans les colonnes du magazine allemand Der Spiegel. «Si le peuple français valide ma position, celle-ci devra être entendue par les autres pays», y explique le candidat à l'Elysée.«Pour cette raison, je voulais avertir suffisamment tôt les autres chefs d'Etat. On va devoir m'écouter», prévient Hollande, qui a exposé dimanche matin sa vision de la politique française de défense: pas mal d'Otan et beaucoup de défense européenne. Et sa démonstration de force à lui, loin de la bataille de chiffres sur les participants du meeting de Villepinte, a consisté à faire asseoir sur le même rang Lionel Jospin et Michel Rocard.
Sur M6, en début de soirée, Hollande a estimé que son adversaire de droite était dans une «fuite en avant», prenant l'Europe pour «bouc émissaire» parce qu'il ne «peut pas présenter d'autres propositions aux Français».
«Il y a là une façon de faire qui ne peut pas être comprise par les Français», a jugé le socialiste. «Pourquoi le président sortant n'a-t-il pas été capable de faire des ajustements puisqu'il était le président de l'Union européenne et du G20? Et comment pourrait-il
me faire le reproche de mettre en cause un traité dont l'encre est à peine sèche quand lui veut même suspendre sa participation à l'Union européenne»sur certains dossiers, a souligné
Hollande. Au final, il s'est dégagé de Villepinte «une curieuse impression», selon le député de Corrèze: «ce n'était ni l'expression de la fierté de ce qu'il avait fait ni la présentation de ce qu'il nous propose» pour l'avenir.
Sur le fond, s'en prendre aux accords de Schengen sur la libre circulation des personnes, prouve aux yeux de Benoît Hamon que le président sortant a choisi de faire sa campagne «sur les même axes que les droites dures européennes: immigration et islam». Avec acidité, le porte-parole du PS salue la volonté de Sarkozy de mettre en
place «une forme de protectionnisme européen alors qu'il a combattu sa toute sa vie politique et encore plus ces derniers mois». Vise-t-il à attiser
les divisions européennes parmi les socialistes, six ans après la victoire du «non» au traité constitutionnel? «Il n'y a plus de plaies au PS donc il ne
peut pas remettre du sel dessus. Des désaccord sur l'Europe, on n'en aura pas pendant la campagne», promet le héraut de la gauche du parti.
Sarkozy devant ses partisans, a refusé de «laisser la gestion des flux migratoires aux technocrates et aux tribunaux». Pour Harlem
Désir,«Nicolas Sarkozy vient de faire passer son discours stigmatisant de la scène nationale à l'échelle européenne: les chômeurs, les assistés, les
syndicats, les immigrés». Verdict du député européen: «il continue sa triste course poursuite avec le Front national».
Et pour ce qui est de prôner un «Buy European Act», les socialistes l'ont proposé pour la première fois en 1993 par la voix d'Elisabeth Guigou. L'idée a ensuite été portée par la Fondation
Jean-Jaurès et vantée par Arnaud Montebourg dans son traité sur la «démondialisation». Bref, résume la porte-parole Delphine Batho,«aucune proposition pour
venir en aide aux Français, une mauvaise compil» des discours précédents. Pour le sénateur-maire de Dijon, François Rebsamen, Nicolas Sarkozy s'est livré à «un exercice d'amnésie, comme si pendant 10 ans il avait vécu ailleurs et découvrait tout d'un coup des problèmes dont il est le principal responsable».
Source: http://www.liberation.fr/