16 MARS 2012 |
Massimo D'Alema, ancien président du Conseil italien (1998-2000), est l'un des inspirateurs des journées de rencontre de dirigeants sociaux-démocrates européens, vendredi et samedi à Paris, en soutien au candidat François Hollande. Entretien.
François Hollande veut renégocier le traité de discipline budgétaire signé le 1er mars
à Bruxelles. Soutenez-vous cette initiative ?
Ce traité de discipline budgétaire affronte de manière très partielle et discutable les problèmes de l’Union européenne. Tout d’abord parce qu’il ne contient aucune norme contraignante ou
significative en termes d’engagement commun pour la croissance et pour l’emploi. L’exigence fondamentale de l’Europe est donc de se réorienter vers une politique de croissance, qui tienne
compte des travailleurs.
Si une nouvelle politique émerge en France, ce sera un signal très positif pour toute l’Union européenne. L’Europe a besoin d’un nouveau leadership qui tienne compte de la croissance et de
l’emploi. François Hollande tente d'appliquer à sa candidature une dimension extra-nationale. Il deviendrait le premier dirigeant européen à avoir fait campagne à la fois sur ce qu'il compte
faire en France, mais également sur ce qu'il compte proposer à Bruxelles. Et c'est très important.
Cela nous permet de comprendre la dimension nouvelle qu'est en train de prendre la politique. Actuellement, une très large partie des décisions qui influent sur les citoyens des différents pays
sont prises à Bruxelles, et non pas dans les capitales nationales. En somme, la politique s'étend sur deux niveaux : le premier est celui des discours nationaux, et le second est déterminé
par les décisions prises à Bruxelles. Et c'est justement là le problème. Les décisions prises à Bruxelles ne reflètent que les décisions des gouvernements, et pas celles des peuples.
Croyez-vous à l’isolement de François Hollande, mis en scène par Angela Merkel et par d'autres dirigeants européens conservateurs ?
Toute cette affaire selon laquelle Angela Merkel aurait demandé aux dirigeants européens conservateurs de ne pas recevoir François Hollande a été démentie par la chancelière allemande.
Mais dans les faits, cet isolement est réel...
Ce dont je suis sûr, c’est que Mario Monti, le président du Conseil italien, n’est pas impliqué dans cette polémique. Pour tout le reste, je prends acte du démenti de Mme Merkel.
Qu'attendez-vous de la rencontre des partis socialistes et sociaux-démocrates européens à Paris ?
Au cours des quinze prochains mois, des élections auront lieu à la fois en France, en Italie et en Allemagne. En d'autres termes, 200 millions de citoyens européens sur les 330 millions qui
constituent la zone euro vont voter, et il s'agit en plus des trois pays centraux. Nous avons tout intérêt à bâtir un projet commun pour l'Europe, et c'est d'ailleurs la première fois que les
leaders progressistes de trois grands pays s'entendent pour proposer au niveau de leurs campagnes électorales nationales un programme, une plateforme de travail commune.
Car nous sommes convaincus qu'au cours des quinze prochains mois, un profond changement politique peut s'opérer. Et cela démontre en outre que la gauche est bien plus pro-européenne qu'elle ne
l'était par le passé. Je me réfère notamment à la seconde moitié des années 1990 où nous étions à la tête de nombreux pays européens, et où nous avons négligé cette vision européenne, causant
une incapacité à renforcer les institutions européennes.
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