17 MARS 2012 |
Alors que Sigmar Gabriel, le patron du SPD, a fait le déplacement, vendredi et samedi, à Paris, pour soutenir le candidat François Hollande, Niels Annen explique
à Mediapart la position de son parti sur les traités européens, revient sur la présence d'Angela Merkel dans la campagne française et dresse le délicat inventaire des années
Schröder.
Notre position face à la crise est claire. Nous critiquons Angela Merkel qui, depuis le début, commence par refuser les plans d’aide financière pour ensuite les accepter. Ses blocages sont parfois justifiés, mais cela aboutit à une politique confuse qui a fait perdre énormément de temps à l’Union européenne. Par ailleurs, elle n’a toujours pas expliqué comment elle comptait relancer la croissance dans les pays en crise.
Sa politique d’austérité budgétaire se fait pour l’instant sur le dos des petites gens qui n’y sont pour rien. Ce n’est pas notre ligne politique. Dans le même temps, on ne peut rester les bras croisés à voir le système s’écrouler. La Grèce a besoin d’argent et d’une meilleure politique budgétaire. On ne peut pas voter contre et leur couper les vivres, on ne peut pas dire non au projet de l’Euro. Cela donne une position contradictoire en apparence, mais qui se justifie.
Contrairement au SPD, le parti socialiste français s’est abstenu dans le vote sur l’extension du Mécanisme européen de stabilité. C'est une divergence importante ?
Nous sommes deux partis qui évoluent dans deux pays différents, mais l’essentiel à mes yeux, c’est que nous soyons d’accord sur les orientations de fond, et c’est le cas.
Klaus Ernst, le président de Die Linke, la gauche radicale, déclarait il y a peu que le PS français a plus de points communs avec son parti qu’avec le SPD. Qu’en
pensez-vous ?
Ce n’est pas vrai. La proximité entre nos deux partis est importante. Pour l’Europe, nous voulons les mêmes choses : un développement institutionnel de l’Union avec le développement d’une
structure plus intégrée, par exemple, un gouvernement économique pour l’UE. Nous désirons également un net renforcement des pouvoirs du Parlement européen.
Il existe aussi des différences de vue entre vous sur l’indépendance de la Banque centrale européenne (BCE), à laquelle le SPD reste très attaché…
Au-delà des partis, il y a des différences culturelles, nationales et historiques qui s’expriment, existent et ne s’effacent pas comme cela. Ce qui compte, c’est que François Hollande se soit
clairement prononcé en faveur d’une politique fiscale et budgétaire sérieuse. Après, on peut discuter sur les instruments à utiliser pour mettre en œuvre la politique européenne. Nous ne sommes
pas opposés à l’idée des obligations européennes. Il nous faudra bien trouver des moyens de financer la relance de la croissance en Grèce et dans les pays en crise.
De manière générale, je crois que l’Allemagne doit accepter la discussion sur ces instruments même si c’est une discussion particulièrement difficile à ouvrir chez nous, surtout avec les
couches de l’électorat qui gagnent peu. Il ne faut pas oublier que la crise permet entre autres à l’Allemagne de se financer gratuitement. Nous nous devons d’être solidaire avec la Grèce.
L’ancien ministre des finances social-démocrate Peer Steinbrück a jugé que la renégociation du pacte budgétaire, demandée par François Hollande, serait une démarche
« naïve »…
Personnellement, je trouve que la proposition de M. Hollande est très intéressante. Il a mis le doigt sur la plaie. Actuellement, le Pacte ne prévoit rien pour la relance des économies des
pays du sud de l’Europe. Sa proposition va nous obliger à être plus critique sur ce Pacte et ses déficits. Ainsi, la règle d’or imposée par le pacte est mauvaise pour beaucoup de pays qui, on
le voit, auront du mal à la respecter.
En Allemagne, la ratification du pacte aux deux tiers des voix des parlementaires oblige Angela Merkel à négocier avec le SPD. Qu’allez-vous lui demander ?
Nous voulons que la chancelière bouge sur la question de la taxe sur les transactions financières et s’ouvre à l’idée de prendre des mesures financières pour relancer la croissance dans les
pays en crise. Le Bundestag doit aussi se prononcer sur l’arrêt récent du tribunal constitutionnel qui estime que le dispositif actuel de consultation du Parlement, en cas de prise de
décision budgétaire importante au niveau européen, est toujours insuffisant. Nous devons donc l’élargir. Cela aussi fait partie des négociations qui viennent de s’engager.
Que pensez-vous du soutien inhabituel qu’Angela Merkel a apporté à Nicolas Sarkozy pendant sa campagne ?
Que Merkel soutienne Sarkozy ne me choque pas. Ils sont dans le même camp politique et puis, de fait, la crise accélère le processus d’intégration politique européen. Son intervention devant
les Français en est une manifestation. En revanche, je la trouve bien imprudente de déclarer qu’elle soutient Sarkozy «quoi qu’il fasse».
Mme Merkel serait très embarrassée si elle devait se prononcer publiquement sur la politique de l’immigration de M. Sarkozy ou sur sa proposition de dénoncer les Accords de Schengen. En
revanche, je trouve injustifiable qu’elle organise un front contre M. Hollande, indépendamment de sa couleur politique. C’est effectivement une ingérence dans les élections françaises. Mais
on sait que Mme Merkel
n’a pas toujours fait les bons choix. Elle avait déjà refusé à Barack Obama de prendre la parole devant la porte de Brandebourg.
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Propos recueillis par Thomas Schnee à Berlin.